Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / n°373

B.J. SCOTT a la bougeotte

Nouvel album, plateaux télé, studio radio, sans oublier
la scène... l’artiste belgoaméricaine est partout.
À 55 ans, entre Wezembeek et l’Alabama, le cœur de Beverly est plein de nostalgie et de souvenirs : d’une enfance, bercée de protestantisme à l’adulte qui prie tous les jours. « Sans dogmatisme », dit-elle.

Impossible de passer à côté de sa voix éraillée, mais chaude. De son accent américain à couper au couteau. Et de son visage souriant. Beverly Jo Scott enfile les plateaux et les studios.
« Ce n’est pas si vieux, 55 ans ! sourit-elle d’emblée. Bien sûr, on ne peut pas vivre comme avant, mais j’ai la pêche. J’adore l’activité. J’ai besoin de ce rythme, cela fait partie de mon côté créatif et passionné. »
Et les passions, Beverly les cumule. Musique, voyage, créations de spectacles… Sur Classic 21, elle anime BJ’s Sunday Brunch : « J’espère pouvoir continuer la radio, c’est sûr ! J’aime bien cette émission, c’est comme une thérapie pour moi. » Même la cuisine fait partie de ses projets. « J’aimerais mélanger la cuisine et la musique. Ce serait un recueil de mes recettes préférées sur fond de bonne musique à écouter.  »

Le cabaret des marécages

Avec son dernier album, BJ Scott tente de faire une sorte de bilan. « Swamp Cabaret représente qui je suis aujourd’hui et où j’en suis dans ma vie. Le cabaret, c’est le côté ‘Europe’ et les petits lieux que j’aime bien, comme ceux où je chante. Swamp, c’est le côté marécages. Ceux où je suis née en Alabama, dans un delta riche et entouré de toutes sortes de légendes et d’histoires. Alors, je mélange tout cela dans mon Swamp Cabaret. Je suis bien en Europe, mais mon cœur est toujours bien ancré au Sud des States. »
La nostalgie de BJ, c’est aussi une reconnaissance de ses racines. « La nostalgie fait partie de nos traditions à nous dans le Sud des États Unis. On aime cela, nous sommes élevés avec une éducation qui nous garde très proche de nos traditions et de notre famille. Le sentiment de nostalgie est agréable. Pleurer parfois parce que l’on se souvient n’est pas une mauvaise chose. C’est l’encre dans lequel je puise. »
La nostalgie serait-elle comme une forme de sensibilité qui s’exprime ? « Tout à fait. La nostalgie va toujours créer une émotion pour moi. Un truc entre le ‘languissement’ et le soupir. C’est un soupir, mais avec un sourire. »

Famille et racines

Entre les deux continents, Beverly jette aussi des ponts entre sa famille et ses racines. Une manière de redécouvrir son passé ? « Non, j’ai ma famille qui est là-bas. Je ne la ‘redécouvre’ pas. Elle est très présente. Avec le Swamp Cabaret, je parle de choses d’antan, mais aussi de maintenant. Mes chansons sont pleines de petits scénarios qui décrivent des situations précises ou dépeignent des émotions précises. Tout cela est important pour moi. Je fais partie des conteurs, chanteurs et compositeurs qui parlent des traditions de mon coin : le Sud des États-Unis. Retourner chez moi, c’est quelque chose de primordial. Je retrouve mes racines, mais aussi un avenir : des musiciens avec lesquels je joue ou mes enfants qui grandissent.  » En Alabama, les deux petites-filles de Beverly ont aujourd’hui 17 et 6 ans.

Stronger back

Présentant la chanson d’un artiste américain dans son émission dominicale sur Classic 21, BJ Scott racontait récemment combien une phrase avait retenu son attention : « Je ne prie pas pour avoir un fardeau plus léger. Je prie pour avoir un dos plus fort, plus solide. » Elle s’en explique. « Cette chanson est une belle histoire. Moi, j’ai été élevée dans cet esprit dans une petite communauté protestante. Mais en même temps où tout se mélange… C’était presque animiste ! On est très proche aussi de nos racines mélangées avec notre triste histoire d’esclavage… Dans ce mélange, on peut croire en même temps dans les esprits, dans le diable, comme on peut croire en Dieu.  »

Un mélange qui séduit toujours notre artiste. « Je trouve cela beaucoup plus beau, moins raide, moins restreint. Et on peut puiser l’inspiration dans plusieurs puits. Moi, je ne suis donc pas très dogmatique. Mais le ‘stronger back’ est important. Tu ne sais pas ce que la vie va t’apporter. Tu vas rencontrer des moments de peine. Dans ce cas, je trouve chouette de prier pour un dos plus solide. Pour pouvoir faire face et ne pas être écrasé. »

Nul doute que l’esprit du Sud et du gospel souffle aussi dans le vent qui porte Beverly. Une région où le chant des esclaves résonne encore dans les campagnes… « Ce sont mes racines, dit-elle encore. Cela fait partie de moi. J’ai été élevée dans l’arrière-pays, le ‘back river country’ par des gens modestes, pauvres même. Je sais ce que c’est que de vivre des choses dures. J’ai connu cela. Mais j’ai aussi rencontré des gens qui m’ont donné le sens de l’amour inconditionnel. Je crois qu’aujourd’hui il y a beaucoup de religions - ou je devrais dire des courants religieux - qui ne prêchent plus cet amour inconditionnel. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout accepter… Mais il faut accepter que l’erreur est humaine et savoir pardonner. Je n’aime pas quand on tourne le dos à quelqu’un dont on désapprouve le comportement ou les actes. Moi, ce que j’ai appris quand je vivais dans ma petite communauté, où nous étions tous cousins et parents, c’est l’importance de veiller l’un sur l’autre. Même quand l’autre est dans l’errance !  »

Hors piste

La relation de BJ avec la religion n’a pourtant pas été toujours facile. « J’ai beaucoup souffert des gens qui utilisaient Dieu pour juger ou faire du tort. Il m’a fallut du temps pour laisser retomber la haine que cela et les institutions m’inspiraient. Ici, en Europe, j’ai pu prendre du recul. Je ne vis pas la même chose. Et avec la maturité, qui permet de prendre distance, je vois les choses autrement. » Mais quand elle observe encore son pays d’origine, le manque de séparation entre la religion et l’État la fait toujours bondir. « Mais en Europe, la richesse ou l’impérialisme du Vatican ne sont pas tristes non plus… » sourit-elle.

Aujourd’hui, réconciliée avec son passé et sa famille, BJ Scott confie qu’elle prie.
« Oui, cela, c’est moi ; et cela agace mon entourage moderne ! Je crois dans la prière. Que cela s’appelle méditation ou autrement, que cela se passe sur un tapis tourné vers La Mecque… ou que ce soit comme moi, simplement, avec mon café du matin, je dis merci parce que je vais avoir le privilège de vivre encore une journée et je vais essayer au moins de faire une chose convenable pour mériter ce cadeau.  »

« Je prie aux puissances universelles. Parce que je ne sais pas mettre un visage, une barbe ou une robe sur ce que c’est… Ce grand mystère. Je suis ce que je ressens et comme j’ai été élevée dans la prière, cela me fait du bien. C’est ma façon d’exister. »

Engagements discrets

Dans sa manière d’être présente aux autres, Beverly aime aussi faire le service lors de repas organisés pour des personnes dans la pauvreté. En Alabama ou en Belgique… le repas se termine souvent par quelques morceaux de guitare.

Lucide sur le côté mythique des States, BJ Scott souligne aussi l’actualité. Les manifs de novembre et décembre contre les violences policières – dont celle de Ferguson (Missouri) - la touchent. « Cela me bouleverse. Cela nous invite à réfléchir sur l’évolution des communautés aux États-Unis, qu’elles soient black ou blanches… Il y a toujours des gens qui préfèrent que rien ne bouge. Je ne sais pas de quoi ils ont peur. Certains essayent de figer les clichés et ne pas vouloir trouver de solutions face à la misère et la pauvreté de beaucoup de personnes. Mais Ferguson n’est pas isolé. De Harlem à New York, dans divers États du Sud, … cela peut dégénérer. Pourtant, la violence et les pillages ne sont pas une solution, surtout qu’elle pénalise aussi de petits commerçants noirs eux-mêmes… ! »

De vocaliste à The Voice

Dans la vie de Beverly, une facette est sans doute moins connue. Celle de vocaliste, où elle a accompagné de grands noms de la chanson. « J’ai tellement de bons souvenirs. Je suis très proche de Paul personne. Avec lui, c’était vraiment le coup de foudre musical. J’adore chaque fois que je peux monter sur scène avec lui. J’ai le cœur qui bat comme un gosse. Sur scène, la puissance et l’échange sont comme une alchimie qui est réciproque.  »

Et sur scène, comme dans un fauteuil de « The Voice », Beverly sait communiquer son enthousiasme. Marraine de concurrents, il n’est pas rare que, sous l’œil des caméras, elle quitte son fauteuil pour les congratuler à l’issue de leur prestation. Dans son agenda chargé, The Voice prend beaucoup de place, mais elle y tient.
« Cela m’apporte beaucoup. C’est une opportunité de voir des gens éclore. Bien sûr, dans le showbiz, les déceptions peuvent aussi être au rendez-vous. Il faut alors accompagner les candidats face à leurs déceptions. Leur parcours m’intéresse. Ils me donnent tellement… Si on est ouvert à cela, le coach reçoit beaucoup. Moi, je n’ai pas de leçons à donner. Je n’ai que des leçons à relater, des choses que j’ai apprises. »

Sensible à leur fragilité d’artistes « en devenir », elle conclut : « Parmi les jeunes, et même les gens de mon âge, qui participent à ce concours, il y a de véritables artistes et des âmes sensibles. Il faut les observer, et ne pas trop entrer dans le côté ‘big show’. Il faut garder les pieds sur terre et c’est souvent apprécié. En retour, je reçoit leur sincérité. Ces talents sont l’avenir. On doit les bichonner.  »

Sûr que marraine Beverly y veillera encore !

Stephan GRAWEZ

Dernier album : Swamp Cabaret (septembre 2014)
En radio, sur Classic 21 : émission « BJ’s Sunday Brunch », le dimanche de 12 à 13h.
En télé (RTBF) dans The Voice Belgique.
Cet interview a fait l’objet d’une version restreinte dans le magazine "L’Appel" du mois de Janvier 2015.
Mot(s)-clé(s) : Le plus de L’appel
Partager cet article
Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / n°373