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BRUNO COPPENS : « L’humour est contre pouvoir »

Voilà quinze ans que Bruno Coppens s’impose sur la scène de l’humour belge. Celui qui balance calembours et rimes plus vite que son ombre revendique le « pouvoir des mots ». Et s’approprie tous les sujets, sans tabou. Même la religion dont il se tient à distance. « Je me moque de l’Église mais pas du message de base », confie-t-il.

Bruno Coppens a le trac avant le lever du rideau. Même après autant d’années de scène. C’est ce thème qu’il a voulu exploité dans son dernier seul-en-scène, baptisé tout simplement Trac !. Mais sous un angle inattendu : le trac du public et des gens, au quotidien. Avec ce mélange d’humour et de poésie qui fait sa marque de fabrique, il s’amuse à traquer, décortiquer nos petites et grandes angoisses.

PÂTE À MODULER

L’humoriste tournaisien ne se lasse pas de triturer la langue française, de jongler avec les mots, entre sens et non-sens, pour faire rire ou réfléchir. « Pour moi, le langage est une arme, une arme absolue, elle peut tuer, enflammer, apaiser, faire rire. C’est un jouet qu’on peut manipuler à sa guise. Je l’appelle de la "pâte à moduler" ! » Une arme qui perd de son impact, à l’heure de la communication à outrance, des messages dilués et futiles ? « Pas du tout ! regardez les discours politiques, les petites phrases qui restent collées aux basques des vedettes dès qu’elles disent un truc de travers ! L’image, on l’oublie souvent très vite car elle est remplacée par d’autres mais les mots restent gravés longtemps. » Sa seconde arme, c’est l’humour qui l’aide à ne pas subir, à ne pas rester dans la sensation. « Ça me donne l’impression de dominer les choses. L’humour donne du sens, une idée, un point de vue. » Il permet aussi, soutient l’artiste, de prendre du recul, de ne pas rester dans ses angoisses.

DE PROF À BOUFFON

En quinze ans, Bruno Coppens s’est taillé une belle par du gâteau sur la scène humoristique belge. Il est l’auteur de six spectacles en solo, s’est produit dans les plus grands festivals d’humour (Rochefort, Montreux, Montréal, festival off d’Avignon), a sévi à la radio notamment comme chroniqueur pour Stephan Bern dans Les fous du roi sur France Inter, mais aussi pour le Jeu des Dictionnaires et la Semaine infernale à la RTBF radio. Dans la petite lucarne, on se souvient qu’il incarnait Mr Virgule dans l’émission Ici-Blabla sur la RTBF. « Des jeunes m’en parlent encore ». Aujourd’hui, il donne ses coups de gueule et ses coups de cœur dans 50 degrés Nord sur la RTBF. Il écrit aussi des chroniques bien tapées pour le journal L’Écho et dans l’hebdo M… Belgique. Et fait partie de l’équipe de On n’est pas rentré avec Olivier Monssens (Première RTBF).

La scène artistique n’était pourtant pas une évidence, lui qui, avec son diplôme de philologie romane en poche, comptait devenir professeur de français. Mais des occasions se sont présentées. Il les a saisies. « À Louvain-la-Neuve, quand j’étais étudiant, un cabaret s’est ouvert dans un cercle et ils cherchaient des gens pour chanter, jongler ou raconter des histoires. Voilà comment j’ai commencé : dans un cercle devant des potes qui buvaient des coups et juste pour tenir une programmation ! » Ce sont encore ses « potes » qui l’ont ensuite poussé à s’inscrire au festival du rire de Rochefort qui venait d’être créé en 1982. « Je me suis retrouvé sélectionné. Et les deux récompenses, Prix de la presse et du public, m’ont donné assez d’enthousiasme pour me lancer ! »

DEUX FEMMES, DEUX HOMMES

Son parcours est jalonné de belles rencontres. Celles qui marquent pour toute la vie sont au nombre de quatre. Deux femmes et deux hommes. La parité chez Bruno Coppens… Il y a Marianne Nihon de l’émission Ici-Blabla, Martine Garsou du service langue française de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui m’a proposé de travailler sur le concept "Ville des mots" qui existe encore aujourd’hui, Raymond Devos et Sol (Marc Favreau), un clown québécois jouant avec les mots. « Si je suis là, c’est grâce à eux… »

Les thèmes qu’il affectionne et qui l’inspire ? Tout, sans tabous. La religion aussi. « Dieu fait partie des "figures paternelles" comme le roi, le politique, le père, le pape. Toutes les autorités sont des emblèmes d’un pouvoir dont un humoriste parle. C’est sa fonction de bouffon du roi ! L’humour est contre pouvoir. En rire permet de se libérer du poids de l’oppression ou simplement de cette suprématie qui pèse sur nos épaules. La religion, je me moque de ses représentants, pas du message de base. »

Car si Bruno Coppens a été baigné dans une éducation catholique, il s’en est éloignée. Mais pas trop. « J’ai d’abord fait un rejet de la religion catholique vers dix-huit ans parce que j’ai été trop imprégné. J’étais interne au collège Notre-Dame de la Tombe à Kain où on devait assister aux messes, etc. En fait, je trouve très beau le message du Christ, sa profondeur, son humanité et son humilité. Voilà pourquoi je n’aime pas la hiérarchie de l’Église. C’est pour moi une aberration ! Sa richesse, ce "pouvoir" qui relève d’une structure égale à un pays (d’ailleurs le Vatican est un État), tout ça ne colle pas avec le message de base. Mais le pape François est en train de changer tout ça. Il était temps ! »

OPTIMISTE DE NATURE

Ce monde qu’il décortique dans ses chroniques et spectacles, cette société dont il se gausse, comment les perçoit-il, avec que regard. Le monde lui inspire tout et son contraire : du rire, de la peur, de l’inquiétude, du trac. Mais il veut être confiant. « Je suis un optimiste de nature. L’Homme a toujours trouvé des solutions même dans des cas extrêmes. Déjà il y a trente ans, on parlait de fin de la planète. On y est encore ! Et puis plus ça va mal, plus je me sens "validé" dans mon rôle de bouffon. Qu’est-ce que les gens ont besoin de rire. C’est plus fort qu’avant encore. »

Sabine LOURTIE

www.brunocoppens.com

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