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Bouddha bientôt belge

QUI n’aspire à un peu d’air
frais ? Après les froides
journées d’hiver où l’on vit
fenêtres et portes closes, le
printemps puis l’été
permettent d’habitude de
vivifier les habitations en y
faisant pénétrer une bouffée d’oxygène
et de nature. Enfin, on respire. La
fraîcheur odorante du printemps
annonce les beaux jours à venir. L’été,
lorsque les journées ont été chaudes (si
cela arrive…), on attend la tiédeur de la
nuit, qui prépare à un paisible sommeil.
Cette année, dans l’Église catholique, on
ne pourra toutefois pas affirmer que les
mois d’été auront été annonciateurs d’air
frais et de renouveau. Du moins si l’on
porte son regard du côté du Vatican, dont
les dernières décisions ne montrent pas
que l’on est occupé à y ouvrir les fenêtres
et à y encourager le passage d’air neuf.
Qu’il s’agisse, notamment, en juillet, de l’autorisation du retour de la messe
en latin selon le rite précédant celui du concile Vatican II, de la réaffirmation
du Catholicisme comme seule Église du Christ ou, en juin, de la
« condamnation » dont Amnesty International a fait l’objet.

Les signes donnés par Rome sont clairs : la hiérarchie de l’Église catholique
semble avoir choisi le recul dans le domaine de l’oecuménisme, et avoir pris le
chemin de la restauration des traditions ancestrales, ainsi que la réaffirmation
de ses positions antérieures. Et non celui d’un dialogue avec la modernité qui
fait le quotidien de chacun d’entre nous. C’est peu de le dire : au milieu de
l’Italie, l’esprit de Vatican II paraît pour l’instant plutôt à bout de souffle.
Mais la courbe rentrante qu’adoptent les hautes autorités centrales de
l’Église est-elle vraiment une surprise ? Cette tentative de recentrement
autour de positions traditionnelles ressemble davantage à ce qui a de
longue date marqué l’évolution de l’Église qu’à la tendance inverse. Depuis
qu’elle a été secouée par la Réforme proposée par les Protestants, l’Église a
souvent penché du côté de la contre-réforme.

Même si ce qui se passe pour l’instant n’en porte pas le nom, on peut se
demander si certaines des décisions prises ces derniers temps n’ont pas, elles
aussi, un petit air de « contre-reforme »… mais à l’intérieur de l’Église elle-même.

L’appel, qui plaide pour un christianisme d’ouverture et un ancrage du
message du Christ dans le monde d’aujourd’hui, s’interroge sur ces
réorientations. Seront-elles bénéfiques pour le futur de l’Église ? Ne
constituent-elles pas des concessions à un monde en train de disparaître ?
Ne sont-elles pas des réactions d’urgence, prises dans un navire qui traverse
une tempête et craint de chavirer ? N’est-ce pas plutôt vers l’avenir, vers de
nouveaux ports où accoster, qu’il y aurait lieu de regarder aujourd’hui
plutôt que de se recroqueviller sur le passé ?

Il ne s’agit bien sûr là que de questions. En cette période de rentrée, elles
nous semblent toutefois pertinentes. Car il est encore temps de rouvrir les
fenêtres. Avant l’arrivée de l’hiver glacial.

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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