Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N° 292

Congo : ils ont voté "démocratie"

SA MÈRE ? Elle était caissière à la supérette, au coin de la rue, làbas.
Un boulot pas facile, avec des horaires coupés. L’obligation
d’être toujours sympa avec les clients. Et la crainte que, à la fin de la
journée, il manque quelques euros à la caisse. Elle avait bien dû s’y
mettre, à travailler. C’est pas que son homme n’était pas courageux,
mais dans le bois, on ne faisait plus recette. Ça a beau sentir bon les
copeaux et il a beau ne pas manquer d’idées : tout le monde va chez IKEA.
Alors, les petits meubles qu’il réalise lui-même, ils ne trouvent pas souvent
preneur. Il faudrait être dans les beaux quartiers pour vendre de l’artisanat.
Mais ici… Alors elle a été caissière. Jusqu’aux derniers jours de sa grossesse.
Faut dire qu’elle ne l’avait pas attendue, celle-là. Enfin, pas comme ça. Elle et
lui, ils savaient bien qu’ils finiraient sans doute par se marier et faire un enfant.
Mais pour l’instant, c’était pas prévu. Avoir trois bouches à nourrir, ne plus
pouvoir travailler aussi souplement… Ils avaient tout prévu pour que l’enfant
n’arrive pas si tôt, mais bon. Lui, surtout, il était un peu étonné : elle lui avait
assuré qu’elle « prenait ses précautions ». Et comme tous les mâles, il s’en était
contenté. Mais voilà, il y a sans doute des choses que l’on ne peut pas éviter.
Alors, ils avaient « fait avec ». Mais, d’échographie en échographie, ils avaient
commencé à l’attendre, et à l’aimer. Elle était toute jeune, mais un peu
potelée. Tant et si bien qu’autour d’elle, on n’avait même pas deviné que se
profilait un « heureux événement ». Alors, elle avait tardé à le dire au patron.
Ils n’aiment jamais les femmes enceintes, les patrons. Parce qu’il faut leur
donner congé, et si possible les remplacer. Elle l’avait donc plutôt caché, sauf à
ses cousines. Une d’entre elles avait deviné… Un jour, sur Radio Nostalgie, ils
avaient gagné un week-end à la mer. Une aubaine. Les voilà partis tout
heureux. Y a qu’au futur bébé que ça n’a pas dû plaire : en percevant le vent
du large, il a voulu naître plus vite que prévu. L’accouchement a été précipité.
Elle a eu fort peur : on lui avait promis la péridurale. Et voilà que le bébé
décidait que ça se passerait autrement. Ça a été dur, mais très rapide. Et enfin,
il est né. On connaît la suite : il a grandi vaille que vaille dans le deux-pièces de
la famille. Son père a dû fermer son atelier. Sa mère est passée plein temps à la
caisse. Et un beau jour, lui, il s’est dit que c’est plutôt de spiritualité que de
rabots et de code barres dont il avait besoin.

Bien sûr, ceci n’est qu’une mise en conte. Mais c’est bien comme ça que,
réellement, tout a commencé : par une naissance, une mère et un père. Des
êtres de chairs. Des êtres du « peuple de Dieu ». Comme vous et moi, ou
presque. Il n’est pas né chez les clercs, les prêtres et les penseurs. Il était glaise
dans la glaise. Noël s’approche, et nous nous demandons où sont passés les
laïcs dans l’Église d’aujourd’hui. Une partie de la réponse passe peut-être par
la caisse de ce supermarché de quartier, aux néons blafards et sentant le
savon… Noël est partout. Les laïcs, normalement, aussi. Bonnes fêtes.

Mot(s)-clé(s) : L’édito
Partager cet article
Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N° 292