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EDITO

(Év)angélisme et politique

Il n’a pas fallu longtemps, après le 13 juin, pour que le pessimisme prenne le pas sur l’optimisme un peu naïf qui avait marqué le pays au soir des dernières élections. Oui, le résultat des urnes était dramatique et il s’agissait de marier l’eau et le feu. Mais pourquoi pas ? Et on l’avait cru.
On s’était imaginé que, même s’ils campaient sur des positions bien claires, des hommes de bonne volonté ne pouvaient pas finir par ne pas s’entendre. Nous, francophones, avions même fini par croire que le président de la N-VA n’était peut-être pas le Barbe bleue qu’on nous avait décrit. N’a-t-il pas un air bonhomme, presque placide ? Ne paraissait-il pas toujours presque endormi, incapable de colère et d’énervement ? Son physique arrondi ne plaidait-il pas pour lui ? Oui, nous avions cru tout cela. Tout en nous disant quand même à la fois que la situation était grave « pour le pays ». Mais que, jusqu’à plus ample informés, dans notre vie de tous les jours, rien n’était sur le point de changer.
Il n’aura pas fallu que septembre soit vieux de plusieurs jours pour que les fameuses négociations entre hommes de bonne volonté finissent par capoter. Alors que, de l’aveu même de certains membres de la classe politique, de nombreuses concessions avaient déjà été faites. De trop nombreuses même, peut-être. Et là, l’optimisme est descendu d’un coup de mille crans. On parlait d’accord. On disait désormais que, d’une manière ou l’autre, il s’agit de se préparer à la fin de la Belgique.
Haines, rancœurs, méfiances, vieux démons… tout a repris le dessus. À supposer que, le temps qu’un ange passe, ils aient eu l’occasion de s’estomper. La déclinaison du mot « conflit » a retrouvé droit de cité : il faut lutter. On mènera le combat. On ne se laissera pas faire. Où est le « valet puant », ce fameux zwarte piet qu’on pensait, un peu bêtement, réservé à saint Nicolas ?
Bien sûr, il relève de l’angélisme de croire que le monde n’est peuplé que d’humains de bonne volonté. Bien sûr, l’histoire du monde repose davantage sur l’affrontement que sur l’entente.
Mais, en ces moments graves, l’on aurait tout à gagner à ce qu’un peu d’esprit évangélique inspire les responsables de ce pays. Il ne s’agit pas de prier pour les convertir, ou espérer qu’ils reçoivent l’Esprit saint. Il suffirait simplement que la politique soit regardée à la lumière de l’Évangile. Cette lumière qui porte d’abord attention aux démunis, aux plus faibles. Qui invite à aimer son prochain comme soi-même. Qui incite en permanence à pardonner et non à se battre. Celle qui dit « Paix mes agneaux ».
On rétorquera peut-être que « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » est un magnifique et éternel slogan de Noël, mais que le rêve d’une nuit est rarement identique à ce que l’on trouve le lendemain au réveil.
Il ne faut pas être naïf et croire impunément aux miracles. Mais il faut croire en l’homme. Dans les hommes.
En politique comme dans bien d’autres domaines, le message de l’Évangile est aujourd’hui encore d’une impertinente réalité. Il serait bon d’en rappeler la teneur aux hommes et aux femmes politiques de tous bords. Avant qu’il ne soit trop tard, vraiment trop tard.

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito - Politique
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