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EDITO

CINQ CENTS ANS APRÈS

Jean Calvin aurait aujourd’hui cinq cents ans. Martin Luther, autre grand maître de la Réforme religieuse du XVIe siècle, en aurait eu un peu plus : il était de vingt-six ans son aîné. Mais, alors que les Églises protestantes célèbrent en 2009 une « année Calvin », le monde catholique paraît, lui, sur la voie d’une nouvelle « contre-réforme ».

À première vue, peu de points rassemblent le courant actuel de remise en cause qui agite certaines sphères de l’Église romaine et la « contre-réforme » d’il y a un demi-millénaire lorsque l’Église catholique choisit de se ressaisir pour affirmer ses différences face aux fondateurs du protestantisme.

Mais à y regarder de plus près, on peut se demander s’il n’y a pas un peu (ou beaucoup) de cela dans les événements que nous vivons pour l’instant.

Dans les deux cas, l’Église — ou à tout le moins sa haute hiérarchie — entend remettre de l’ordre dans l’institution. À chaque fois, il s’agit de se prémunir d’une série d’errements (ou de situations considérées comme telles) en favorisant la tradition, la continuité et la prudence, voire le « conservatisme » plutôt que la nouveauté, l’audace et le « progressisme ». Face au monde, le choix est au repli et non à l’ouverture.

Dans les deux cas, la foi chrétienne fait face à un tournant de l’histoire du monde. Les années 1500 étaient celles de la Renaissance et de la (re)découverte (de l’Antique et de nouveaux mondes).
Depuis 1900, les révolution industrielle, puis post-industrielle, ont totalement chamboulé le rapport de l’homme avec lui-même et avec le monde.

À la Renaissance toutefois, la contre-réforme avait été menée contre des ennemis extérieurs, excommuniés, qui avaient fondé leurs propres Églises.
Au XXIe siècle, la situation est assez différente : la hiérarchie de l’Église catholique cherche non à exclure mais à réintégrer les schismatiques qui s’étaient séparés de l’Église suite aux choix du Concile Vatican II. Et, au contraire, elle entend dorénavant plutôt « modérer » les courants modernistes qui s’étaient légitimement développés au sein même de l’Église dans la foulée du Concile.
Le tout sans se soucier de savoir si le coup de barre ainsi donné ne risque pas de susciter de nouveaux départs, de nouveaux abandons, voire des velléités de nouvelles formes d’organisation… à l’extérieur du catholicisme.

Au moins dans les pays industrialisés, il nous semble que la question mériterait d’être posée. Car le monde du troisième millénaire n’a rien de commun avec celui de la Renaissance. La religion chrétienne n’en constitue plus le centre, et encore moins le pivot. Prôner le retour à la doctrine au nom du principe de l’Autorité suprême n’y a plus un caractère indiscutable. Et accuser l’époque de relativisme n’y changera rien. À force de chercher à imposer un droit chemin, l’Église ne cesse d’élargir le fossé qui la sépare du monde. Au rythme où vont les choses, celui-ci deviendra vite infranchissable. Au risque de laisser d’un côté un petit groupe d’élus, purs et convaincus. Ceux qui « verront Dieu ». Et de l’autre, le monde. Tout le reste du monde.
Est-ce ainsi que l’on peut se dire « catholique », c’est-à-dire « générale » et « universelle » ?

Frédéric ANTOINE

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