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EDITO

REMISE TA CROIX

« Nous, représentants de tous les cultes et communautés philosophiques officiellement reconnus en Belgique, nous adressons une fois de plus à notre gouvernement fédéral. Nous lui demandons de décider d’une législation globale qui sorte les sans-papiers du désarroi causé par l’incertitude juridique. Nous l’invitons à mettre en route une politique de régularisation réaliste, juste et généreuse. Si nous sommes conscients que notre pays ne peut accueillir tout le monde, il est clair en contrepartie qu’il nous faut unir nos efforts au maximum et sans tarder pour améliorer les conditions de vie ailleurs dans le monde. Nous sollicitons donc par la présente une fidèle mise en œuvre des mesures promises dans l’accord de gouvernement. Vu l’urgence humanitaire de la situation, tout atermoiement à solutionner cette question serait moralement irresponsable. »
Incroyable, mais vrai. Ce 25 février, cet appel pathétique n’a pas été adressé au gouvernement belge par quelques groupes d’activistes militants qu’on a l’habitude de qualifier de « dangereux agitateurs », voire de révolutionnaires. Mais par tous les cultes reconnus en Belgique, ainsi que par la laïcité organisée (1). Cet événement revêt une importance dont on n’a peut-être pas mesuré l’ampleur. Il est extrêmement rare, voire jusqu’à présent impossible, de rassembler autour d’un cri d’alarme commun tous les courants de pensée et toutes les spiritualités actives dans un pays aussi divisé que le nôtre. Chacun a coutume de plaider pour sa chapelle, de défendre son pré carré philosophique et, surtout, de veiller à distinguer sa paroisse de celle des autres. Le pape Benoît XVI lui-même n’estime-t-il pas qu’une seule religion possède la vérité : celle dont il est le chef ?
Or voilà que tout le monde remise son étendard au fond de sa poche, cache ses signes extérieurs de confession et tombe d’accord pour parler d’une seule voix. Lorsque la dignité humaine est en jeu, les querelles de clochers n’ont plus droit de cité. Quel signe ! Quelle preuve de maturité !
À peine croyable dans ce pays qui se déglingue, où les questions de fond sont occultées par les querelles politiciennes et les petites luttes pour le pouvoir. Et où ce n’est pas la logique, mais la démagogie qui tient souvent les rênes du gouvernement. Oui, tout n’est pas perdu. On peut encore croire en l’homme, dans les hommes.
À nous, chrétiens, Pâques le remémore chaque année. L’appel commun de tous les cultes et mouvements philosophiques nous rappelle que cette foi en l’homme dépasse les religions. Elle est le fondement de notre humanité.

Frédéric ANTOINE

(1) L’Église anglicane en Belgique, l’Union bouddhique belge, l’Église catholique en Belgique, le Consistoire israélite central de Belgique, le Centre d’action laïque, l’Exécutif des musulmans de Belgique, l’Église orthodoxe en Belgique et le Conseil administratif du culte protestant évangélique.

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