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EDITO

RIEN QUE DES HOMMES

Débaptisation. Depuis quelques jours, la presse écrite et la télévision se sont emparées de ce mot un peu barbare pour expliquer que, ces derniers temps, « de plus en plus » de catholiques entreprennent des démarches pour se faire rayer des listes de baptêmes des paroisses et des diocèses. « Les demandes explosent », affirme-t-on sur RTL. Le formulaire prêt à l’emploi mis en ligne par les Amis de la morale laïque afin d’aider dans leurs démarches ceux qui voudraient obtenir une débaptisation sans peine a été lancé il y a une quinzaine d’années. Mais il n’a jamais eu autant de succès.
« De plus en plus de catholiques » ne signifie pas qu’il y ait des milliers de demandes. Mais, en un mois, le Centre d’Action Laïque dit en avoir reçu autant qu’au cours de l’année passée.
Raison proche : les réactions suite aux scandales de pédophilie qui touchent l’Église. Raisons plus lointaines : les prises de position du Vatican, et notamment les déclarations de Benoît XVI lors de son fameux voyage en Afrique.
Au sein de l’Église, on essaie de remettre ces événements en perspective, et on parle plutôt d’espoir, d’optimisme à retrouver. Comme si tout ce qui se passe n’était rien à l’échelle du temps. Une simple bourrasque, en quelque sorte, face à laquelle il suffit de faire le gros dos.
Mais est-ce si simple ? Ne faut-il pas prendre le problème, les problèmes, sous un autre angle ? Porter un autre regard. Essayer de comprendre que, finalement, cette Église que l’on critique ou que l’on veut quitter n’est jamais qu’une Église faible, instable, fragile. C’est-à-dire une Église à hauteur d’hommes, avec ses grandeurs et ses fautes, ses beautés et ses lâchetés. Les Églises sont des affaires d’hommes. Et cela concerne cette Église-là comme toutes les Églises. Bien sûr, les confessions ont été fondées au nom d’un Dieu auquel elles ne cessent de se référer et au nom de qui elles ne cessent de parler. Pour peu, elles seraient elles-mêmes Dieu. L’erreur des Églises a sans doute été de se mettre à la place de Dieu. De se croire Dieu. Alors que Jésus lui-même n’était d’abord qu’un homme. S’en souvenir, c’est peut-être remettre les choses à sa juste dimension. En ne confondant pas le fond du message chrétien et ceux qui se sont donné la mission de le transmettre.
Bonne rentrée !

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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