Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N° 331

EDITO

Les langues se délient.

Oser prendre position. Voilà une chose moins simple qu’il n’y paraît lorsqu’on est haut placé dans une institution à l’histoire longue et où la hiérarchie a un poids considérable. Une institution qui estime avoir toujours raison et qui se plaît à rappeler qu’elle ne fonctionne pas selon les mêmes règles ni dans la même temporalité que le reste du monde.
C’est ainsi que, depuis vingt ans, les voix dissonantes se sont faites de plus en plus rares au sein de la hiérarchie de l’Église catholique.
À la liberté de parole qui avait accompagné le concile Vatican II a succédé une période de prudence, voire de silence. En privé, certains hommes importants se livrent bien à quelques confidences. Mais lorsqu’il s’agit d’exprimer en public une pensée qui n’est pas dans la ligne officielle, les candidats se comptent sur les doigts de la main. Et pour cause : ceux qui avaient eu une parole contestataire ont pour la plupart été remis à leur place, sanctionnés ou écartés. Certains sont même morts à cause de leur liberté de parole.
Sur de nombreux sujets, une sorte d’omerta règne sur sa hiérarchie catholique. À la base, des « fidèles » peuvent dire ce qu’ils pensent, même si ce n’est pas très bien vu. Mais, au fur et à mesure que l’on se rapproche du sommet, une loi du silence apparaît. Elle n’empêche pas de penser mais d’exprimer son opinion si celle-ci s’écarte de manière trop manifeste ou trop explicite de la doctrine classique.

Et voilà que, depuis que l’Église est sur la sellette aux quatre coins du monde, le cataclysme s’est accompagné d’un miracle : celui du dénouement des langues. Qui eût ainsi cru que des évêques osent s’exprimer sur des questions épineuses pour l’Église dans un sens différent de celui de la hiérarchie ? Or, c’est en train d’avoir lieu. En Belgique, on a ainsi entendu le nouvel évêque de Bruges déclarer : « Je pense que l’Église doit se poser la question de savoir s’il convient de conserver le caractère obligatoire du célibat ». Au même moment, son collègue de Hasselt estimait que des hommes mariés devaient pouvoir devenir prêtres et que l’obligation de célibat était « inutile ». Quelle révolution ! L’évêque de Liège, pour sa part, déclarait dans une interview : « Moi, je ne dis pas qu’il ne faut pas ouvrir le débat, mais pas sous la pression »…

Comment aussi ne pas relever la prise de position de l’évêque de Gand à propos des déclarations archiépiscopales sur le Sida ? N’a-t-il pas osé dire que « les personnes atteintes du sida ne peuvent pas être stigmatisées » et que, s’il n’approuvait pas les relations dissolues, les relations stables, même homosexuelles, devaient elles être permises ?

Et que dire de Peter Adriaenssens, gentil président d’une commission éponyme mise sur pied par les évêques, qui disant poubliquement que, face au scandale, même le pape devrait démissionner ?

Manifestement, au Nord, la parole se libère davantage qu’au Sud, où la prudence reste de mise, même si certains évêques ont pu poser des actes attestant de leur ouverture aux débats. Est-ce un nouvel indice de la division de notre pays, ou en tout cas de la différence de ses cultures ?

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
Partager cet article
Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N° 331