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EDITO

Passions et résurrections

Éloïse Hanneuse fêtait ses quatorze ans, ce jeudi 17 mars 2011. Heureuse de l’événement, ce matin-là, elle se rend comme d’habitude à l’école, à Jodoigne. Vers 8h, elle traverse la chaussée, sur le passage piétons. Mais, surgissant d’une rue voisine, un bus TEC ne la voit pas. Et la fauche sur le coup. Éloïse décède sur le champ. Elle n’aura jamais quatorze ans. La douleur est immense et les parents effondrés.

À plus de 9.000 km de là, ce n’est pas une Éloïse, mais des dizaines de milliers qui sont mortes d’un coup, une semaine plus tôt, lorsqu’une vague géante surgie de l’océan a tout balayé sur son passage. Ne laissant derrière elle que désolation et souffrance pour les survivants. Des rescapés qui cachent sous le masque de la fierté l’horreur qui les ronge et le désespoir qui les étreint : ils ont tout perdu. Tout.
À l’heure où ces lignes sont écrites, la situation à la centrale de Fukushima est stable. Terriblement dangereuse mais stable. On ne sait toutefois pas si le centre du Japon échappera à une apocalypse qui risquerait de multiplier par millions les Éloïse qui pourraient être arrachées à la vie. Et conduire à son paroxysme la souffrance intérieure de ce peuple stoïque qui croit si bien savoir cacher ses émotions…

À 10.000 km vers l’Est de Sendai (préfecture de Miyagi), sur le versant sud de la Méditerranée, c’est une autre Passion que l’on a vécue au quotidien, tout au long du début du mois de mars : celui de tout un peuple qui s’était soulevé contre une dictature. Et qui, après avoir volé de victoire en victoire, commençait à ployer devant les forces militaires que le dictateur envoyait pour mater la révolte. Le monde entier se cachant les yeux derrière ses doigts, la cause des démocrates libyens semblait entendue : demain, ils seraient réduits en cendres par les mercenaires de Kadhafi.
Jusqu’à ce que, le 17 mars à 23h (heure de Liège), le Conseil de sécurité de l’ONU vote, par dix voix pour et cinq abstentions. Et autorise des mesures armées afin de mettre à genou le dictateur sanguinaire, assassin de son peuple.
En Libye comme en Tunisie, et peut-être en Égypte, une résurrection pourra peut-être succéder aux détresses de la Passion…

Ressusciter. Après avoir souffert à mort…

Parfois, les horribles moments de la Passion ne sont pas suivis de renaissance. Et l’on ne se dépêtre pas de l’horreur. Heureusement il peut y avoir un espoir. Celui de Pâques. Qui dit que, quoiqu’il arrive, la résurrection finira toujours par triompher.

Joyeuses Pâques !

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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