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Edito

Carême au fond de soi.

« Et dans notre religion, madame, nous devons aussi suivre un ramadan ? » La question, posée par de jeunes élèves d’un cours de religion catholique vivant en contact avec des enfants musulmans, révèle plus que cent mille mots la richesse de la confrontation des fois et des religions, comme l’explique dans la rubrique Éclairage de ce numéro l’inspecteur de religion Monique Petit.

Mais cette interrogation met aussi le doigt sur l’actuelle sécularisation de certains rites de la religion catholique.

Sans doute en bonne partie grâce aux médias, mais également suite à l’expérience que bon nombre d’entre nous peuvent avoir rencontré en fréquentant des musulmans, la notion du ramadan est aujourd’hui largement connue dans nos sociétés. Par son caractère visible, extériorisé et quelque peu ostentatoire, le ramadan montre une pratique religieuse spécifique, il affirme une identité. Au point où l’on peut parfois se demander si, dans certains cas, ce n’est pas l’envie de marquer son appartenance identitaire qui n’en inspire pas la pratique.

Minimisés, relégués au fond de sombres églises froides et moqués par la société qui les entoure, les chrétiens (et les catholiques) devraient-ils dès lors en faire autant, et suivre les courants qui s’offusquent de l’importance que prend le ramadan et revendiquent une restauration de la place du carême dans l’espace public ? En commençant par l’affirmation de la fierté de porter, le mercredi des cendres, une croix noire sur le front et en finissant par la revalorisation sociale des jours de jeûne et des actes de pénitence, si possible en public…

Il n’est pas sûr que cette question là soit la bonne. Même s’il le manifeste aussi extérieurement, le croyant musulman pratique d’abord le ramadan au fond de son cœur et cherche ensuite à mettre son esprit en harmonie avec son existence.
N’en est-il pas de même, sinon davantage, du carême chrétien ?

Est-ce par des actes visibles, et lors d’événements publiquement marquants que celui qui souhaite vraiment se préparer à Pâques peut entrer en carême ? Ou ne fait-on pas (on n’essaie-t-on pas un tout petit peu de faire) d’abord carême au fond de soi-même, en se mettant dans un esprit différent ? En changeant. En cherchant à se retirer un peu du bruit du monde et du tournis que donne notre société devenue chaque jour plus folle… et nos avec elle.

Que ceux qui y tiennent traduisent ce pas de côté par rapport à l’oppression du monde par des rites et des actes est compréhensible. Mais tout autant que celui qui entend faire retraite en lui-même, pour lui-même, sans le clamer et en faire état.

Vivre l’Évangile ne nécessite pas que l’on crie sur tous les toits et que l’on sorte sur toutes les places. C’est au fond de soi qu’il importe de l’entendre résonner. Modestement. Sans grand cri. Mais avec quelle force…

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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