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Edito

Réhumaniser Dieu

La proportion des cheveux blancs dans les églises le ré- vèle chaque dimanche : l’âge moyen des pratiquants n’est pas à la baisse. Et, même si l’on re- trouve de nombreux jeunes parents et quantité d’enfants dans les paroisses dynamiques, le nombre total des habitués de la messe dominicale ne cesse, lui aussi, de diminuer.
La dernière version de l’enquête sur les valeurs des Belges que réalisent depuis 1980 les sociologues Liliane Voyé (UCL) et son mari Karel Dobbelaere (KUL) confirme en gros ce que l’on savait déjà : de ce côté-là, ça ne va pas bien, et on ne voit pas ce qui, à court terme, permettrait que cela aille mieux.
Bien sûr, il y a encore une petite majorité de Belges qui se déclarent croyants, et parmi ces derniers une immense majorité qui se disent catholiques. Mais la pratique dominicale a été réduite par trois en trente ans. Et, à l’heure actuelle, près de sept Belges sur dix ne se rendent quasiment jamais dans une église. Parallèlement à cette fonte de la pratique religieuse, les sociologues relèvent que de plus en plus de Belges se créent désormais leur propre religiosité. Comme L’appel l’a souvent relevé, si les Églises n’ont plus la cote, le message fondamental du Christ, lui, s’avèrerait donc toujours rassembleur. Et interpellateur.
Si un monde est doucement en train de disparaître, un autre serait peut-être en train de naître.
Peut-être... Car l’enquête des sociologues révèle aussi que cette idée d’un Dieu humain, personnel, proche, tel que le racontent les Évangiles, est de moins en moins pré- sente dans la population. Ceux pour qui Dieu est une personne étaient près de 40 % en 1980. Ils ne sont plus 20 % à le penser aujourd’hui. Dieu se résume de plus en plus au concept d’une force, d’un esprit désincarné, tandis que la masse de ceux qui disent ne pas croire en Dieu a presque triplé en trente ans.
Serait-ce parce qu’elles humanisent Dieu à tout-va, voire à l’extrême-excès, que les « nouvelles religiosités » gagnent du terrain alors que les anciennes s’essoufflent largement ?
Avant que Dieu ne soit totalement relégué au placard, ne serait-il pas temps de le réhumaniser ? Et, par le fait même, de remettre de l’humain dans les Églises ? Il est urgent de retrouver un Dieu de chair et d’eau, de souffrances et de pleurs, de malheurs, de joies et de bonheurs. Un Dieu vivant au cœur du monde, avec les hommes. Un Dieu fait homme. Il faut plus que jamais réincarner Dieu. Et ne pas se contenter de promotionner l’image d’un Dieu qui fait les gros yeux, accuse, condamne et, du haut de son nuage d’éternité, refuse de dialoguer avec la société de son temps.
Mais est-il encore temps ?...

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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