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Edito

L’étincelle qui illumine la nuit

Le 7 décembre dernier, la Ligue des droits de l’homme a attribué son prix Régine Orfinger-Karlin 2012, qui récompense une personne ou une association qui s’est distinguée par son action militante en faveur de la promotion des droits humains. Si c’est l’ASBL Intact qui a été finalement récompensée, parmi les nominés figuraient les Clarisses de Malonne pour « avoir permis de rendre effectif le droit à la libération conditionnelle en accueillant Michelle Martin ». Après avoir été critiquées, vilipendées voire vouées aux gémonies par des foules hystériques, les sœurs clarisses voyaient enfin, en cette fin d’année, leur geste évangélique reconnu, valorisé. Et pas par une institution « du même bord », suspecte de sympathie a priori, mais par un groupement indépendant.
Voilà un message à nul autre pareil, qui confirme que tout dans l’homme n’est pas condamné à être mauvais, rejeté à jamais, comme les sœurs l’ont écrit aux organisateurs du prix : « La libération sous condition (…) permet d’entretenir chez des personnes, souvent blessées dans la conscience qu’elles ont d’elles-mêmes, l’espérance en un avenir possible où elles pourront faire la preuve que toute étincelle d’humanité n’est pas morte en elles et qu’elle peut redevenir, moyennant certaines conditions, un feu brûlant qui réchauffe et éclaire la société de manière positive. » Même dans les cas les plus sombres, l’humanité peut encore vibrer au fond des êtres. Renaître n’est pas impossible.
Fallait-il que ce soit des contemplatives, volontairement retirées du tumulte monde, qui en viennent à choisir pareil engagement ? Alors qu’on aurait d’abord attendu dans ce rôle le pastoral, le social, l’épiscopal.
C’est de là où on ne l’attend pas que se met ainsi à briller la petite étincelle annonciatrice d’un autre monde, ou à tout le moins d’un autre regard sur le monde.
Et voilà que ce petit brin d’étoile surgit alors que l’hiver s’installe et que le froid gèle ceux qui attendent sur les quais, aux arrêts de bus ou sur les trottoirs.
D’une part, un indice de réconfort d’humanité. De l’autre, par exemple, ce décès d’un SDF, mort de froid… devant la porte du CPAS de Bruxelles, à côté des urgences d’un hôpital. D’un côté, l’obscurité des nuits de gel. De l’autre, une étoile qui brille dans l’obscurité.
Une étoile semblable à celle que les rois mages avaient suivie pendant tant et tant de temps avant qu’elle ne les mène à Jésus. Pour l’identifier, ils avaient dû se fatiguer les yeux, scruter la nuit, trier parmi les astres le bon grain et l’ivraie. Puis, ils l’avaient trouvée. Et ne l’avaient pas lâchée. 2013 peut nous apporter ces signes d’un autre monde que nous attendons. À condition que nous fassions l’effort d’user nos yeux pour les repérer dans le fatras d’un univers où règne si souvent le noir. Il ne tient qu’à nous…
Bonne année !

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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