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Edito

Etre Félix

Qu’il neige, vente ou fasse plein soleil, il a choisi son mode de vie : la journée, il paresse, tantôt au fond d’un canapé, tantôt enfoncé dans une couverture. Quand il veut vraiment avoir la paix, il grimpe au deuxième étage, où il a établi sa tanière. Là, il sait que personne ne viendra le déranger. C’est le soir,
quand tout le reste de la maisonnée a regagné son lit, qu’il se décide souvent à sortir. Sauf s’il fait trop froid, ou s’il pleut...
Qu’elle paraît donc agréable, la vie de chat. Entre petits sommes, bâillements, étire- ments, petites trottes dans la nature et quelques secondes d’affût face à de naïves proies, pas de souci. En regardant le félin du foyer, alors que les tracas du quotidien menacent le ciel de nous tomber sur la tête, qui n’aurait la tentation de dire : « Moi vouloir être chat » ?
Onze mois par an, l’être humain englué dans les aléas de la vie regarde sa panthère domestique avec envie, voire avec jalousie. Mais un mois par an, rien ou presque ne nous empêche, nous aussi, de nous transformer en gentils matous. On appelle cela les vacances. Une période où, enfin, on peut arrêter de jongler avec les horaires et les contraintes. Où paresser n’est plus un péché. Où (se) faire plaisir est presque obligatoire. Et voilà que ce moment tant attendu est sur point d’arriver. Pour certains, parvenir à faire le chat impose de se défaire de tout ce qui encombre la vie quotidienne. Et à peine partir au loin, impossible de rompre ces amarres qui ressemblent tellement à des chaînes. Pour d’autres, faire le chat peut nécessiter moins d’efforts. Il suffit alors de réapprendre à prendre soin de soi. De se donner ce temps derrière lequel on ne cesse d’habitude de courir. Ou de retrouver le plaisir de la découverte... qui commence souvent au coin de la rue.
Un moyen simple de se forger une petite spiritualité de vacances, rien qu’à soi. Sans ambition. Mais autant libératrice de l’âme que du corps. Aussi libérateur que l’aura été, pour moi, le plaisir pris à écrire cet éditorial, léger comme un bond de chat. Pour une fois, sans devoir faire écho aux dehors des tumultes du monde, des religions et des Églises, aux espoirs si souvent déçus ou aux trop longues attentes de jours meilleurs qui tardent à venir.
Pour oublier tout ça, cet été, soyons tous chats !

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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