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Edito

Donner pour expier ?

Plus de 1,2 million d’euros : le montant obtenu en décembre par l’opération de la RTBF Viva For Life a dépassé les espérances. À la veille de Noël, qui aurait pu rester de marbre devant une action voulant venir en aide aux 40 000 enfants de moins de trois ans qui vivent sous le seuil de pauvreté en Belgique francophone ? Nombreux ont donc été ceux qui ont choisi de contribuer au Noël de ces bébés en réduisant leurs propres dépenses en cadeaux et repas de réveillons. Et ce même si, concrètement, les bambins concernés n’ont pas connu un Noël différent : les sommes récoltées ont en effet été versées à l’opération Cap 48 chargée de choisir les associations qui seraient bénéficiaires. Même si Viva For Life a touché les coeurs, l’arrière-plan de l’opération pose de sérieuses questions. En effet, derrière l’aide aux plus démunis, c’est surtout la notoriété d’une chaîne de radio de la RTBF qui a profité de cette initiative : il s’agissait d’abord de rendre VivaCité plus populaire et proche de ses auditeurs. Cette finalité figure au coeur de chacune des opérations « … For Life » depuis que le concept a été inventé par une radio hollandaise, il y a près de dix ans. Les moyens utilisés par cette action interpellent encore davantage. Face aux buts déclarés, pourquoi obliger trois animateurs à rester enfermés pendant 144 heures dans une cage de verre et les forcer à animer l’antenne sans discontinuer ? Pourquoi les contraindre à jeûner tout au long de ce marathon en ne leur permettant d’ingurgiter que des boissons énergisantes et des potages ? Quels péchés avaient-ils commis pour qu’on leur impose pareil traitement ? En quoi leurs efforts ont-ils amélioré le sort des bébés en précarité ? À moins que leur « supplice » ne soit un acte expiatoire. Qu’ils aient été désignés pour réparer l’indifférence collective d’une société trop heureuse de trouver en eux des boucs-émissaires d’un monde individualiste et égoïste. Un monde qui n’entrera pas en carême ce 5 mars, mais qui aura déjà vécu le jeûne par procuration, juste avant Noël. On est là bien au-delà du don de quelques euros cédés en contrepartie d’une chanson diffusée à l’antenne ou de cinq minutes d’émotion… Dans ce numéro, L’appel aussi vous invite à faire un don. Pas en échange d’une dédicace ou dans le but d’aider des associations qui oeuvrent déjà aux côtés des démunis. Mais, plus directement, pour soutenir l’existence de la revue que vous avez entre les mains (ou que vous lisez sur Internet). Le modèle économique de L’appel se fonde à la fois sur ses abonnés payants, sur quelques subsides et sur les indispensables dons de soutien de ses lecteurs. Sans vos dons, notre projet (qui repose en grande partie sur la gratuité et le bénévolat) ne pourrait se maintenir. À un moment où les questions de sens prennent de plus en plus de place, et où l’Église catholique vit un nouveau tournant de son histoire avec le monde, le soutien que nous vous demandons nous paraît plus que jamais pertinent. En nous lisant chaque mois, vous verrez à quoi vos contributions seront utilisées. Un formulaire de virement est encarté au coeur de ce numéro. Utilisez-le. Au nom du président du Conseil d’administration de L’appel et au nom de la rédaction, je vous en remercie déjà.

Frédéric ANTOINE
rédacteur en chef (redacteurenchef@magazine-appel.be)

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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