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Edito

Face aux circonstances dramatiques que nous vivons, découvrez l’édito de L’appel :

Pourquoi les as-tu abandonnés ?

En pénétrant ce mardi 22 mars au matin dans le hall de l’aéroport de Zaventem, ou en montant dans une rame de métro quelques stations avant l’arrêt Maelbeek, ils ont, à leur corps défendant, entamé leur chemin de croix.
Pour plusieurs d’entre eux, celui-ci les a fait basculer de la vie à la mort. Sur le coup, ou au terme d’horribles souffrances. Pour beaucoup d’autres, les blessures seront longues à cicatriser. Et ils seront des centaines, voire des milliers, à ne pas sortir indemnes de ce qui les aura alors touchés.

Dans les pays de culture chrétienne, la semaine qui précède la fête de Pâques a un nom : c’est celle de La Passion. Une semaine dédiée à la commémoration des souffrances endurées par le Christ avant sa mort, il y a plus de deux mille ans.

Cette année, en Belgique, vivre la semaine de la Passion ne demande pas de remonter le temps. En 2016, la Passion a un horrible goût d’aujourd’hui.

Depuis ce mardi, nous sommes tous en pleine Passion. Inacceptable Passion subie par les victimes innocentes des attentats, dont la mort a d’un coup saisi l’existence. Terrible Passion de tous ceux qui souffrent depuis lors dans leurs chairs et ne s’en remettront sans doute jamais. Mais aussi horrible Passion qui s’est emparée des familles, des proches, des amis et de tout un pays. Un sentiment de douleur. L’impression d’être transpercé, touché au plus profond de soi. Un déchirement intérieur, une détresse à peine différente de celle du supplié de la Croix quand, avant de mourir, il lançait à son Père cette atroce supplique : « Eli, Eli, lama sabachthani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46).

Monté à Jérusalem, le Christ y avait célébré la Pâque avant d’être arrêté, interrogé, jugé puis condamné à la mort sans aucun motif. Après avoir subi le chemin vers la croix et la crucifixion, l’homme, à bout de douleur, n’avait pu s’empêcher de pousser ce cri.

En cette semaine qui mène à Pâques, qui n’a pas ici envie d’apostropher Dieu avec les mêmes paroles dures, désespérées ? Ils partaient au travail ou à l’école. Ils s’envolaient vers l’étranger pour des raisons professionnelles ou partaient en vacances. Ils étaient venus retrouver des proches… Tous, ils étaient portés par des projets, ou préoccupés par des soucis. Mais tous, ils avaient aussi un présent tourné vers un futur. Jusqu’à ce que des êtres, qui n’ont de leur religion qu’une vision déformée et idéologisée, s’arrogent le droit d’arrêter l’écoulement du temps de ceux qui se trouvaient autour d’eux. Et amènent tout une nation, voire tout un continent, à plonger ensemble dans l’expérience d’une Passion, quasiment identique à celle qu’avait dû endurer cet homme que l’islam appelle Issa et que cette religion considère comme un prophète.

Les uns savaient-ils que leurs inacceptables actes replongeraient les autres dans la douleur de ce moment si particulier ? Pour les chrétiens, en tout cas, la blessure n’en est, pour l’instant, que plus béante.

Mais peut-elle faire oublier cet autre événement survenu jadis en Palestine au pied de la croix, lorsqu’un des voleurs crucifiés avec le Christ avait dit à l’autre : « Pour nous, c’est juste ! Après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Ensuite, il avait demandé à Jésus de se souvenir de lui lorsqu’il inaugurerait son règne. « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis », lui avait alors répondu ce fils du charpentier…

Frédéric ANTOINE
Rédacteur en chef

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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