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Edito

La probité du pharisien.

«  Rien d’illégal ! » Que de fois ce mot n’a-t-il pas été lâché au cours de ces dernières semaines.

Une intercommunale place les avoirs des communes qui en sont membres (et donc, de leurs citoyens) dans des entreprises qui possèdent des éoliennes en mer du Nord, un groupe de presse, des hebdomadaires, des chaînes de tv à péage et des actions dans des journaux régionaux sur la Côte d’Azur ? Sur le plan légal, il n’y a là rien de condamnable.

Pas plus qu’on ne peut reprocher à un homme ou une femme politique, déjà rétribué pour la fonction qu’il exerce, de siéger non à titre bénévole mais en échange de véritables rémunérations dans les conseils d’administration de sociétés, d’intercommunales ou d’associations directement liées à sa situation d’élu.

Si on est payé pour un emploi que l’on n’exerce pas vraiment, la règle dit que l’on peut être critiqué. Mais pas pour absences aux réunions pour lesquelles on est forfaitairement rétribué.

Et si le boulot supposément presté se révèle plus proche du rôle que remplit tout membre d’un couple envers son conjoint que du descriptif attendu dans le cas d’un emploi officiel, il paraît même que cela peut se discuter.

Aux yeux des règles, mais aussi de la coutume du « On a toujours fait comme ça », tout cela n’a rien de répréhensible.
Circulez : au nom de la loi, il n’y a rien à voir. Mais au nom de son esprit ?

Mis à part dans les dictatures, ou dans le chef de gouvernements peu scrupuleux des conventions de la démocratie, aucune loi n’est spécialement édictée pour renforcer les abus des pouvoirs, encourager l’enrichissement personnel du monde politique ou élever le mensonge et la tromperie au rang de vertus cardinales.

Certes, certaines lois peuvent être contournées. Mais, même s’il est imparfait, un cadre légal doit viser à respecter l’équité et les équilibres. Il est obligatoire- ment sous-tendu par les notions qui fondent la vie en société, comme la justice, l’honnêteté, l’égalité.

Flirter en permanence avec l’adage selon lequel « Tout ce qui n’est pas interdit est permis » permet-il encore de se regarder chaque matin sans honte dans le miroir, les yeux dans les yeux ?

La probité est un comportement attendu de tous les membres d’une société, à commencer par ceux qui ont été choisis pour en représenter les populations. Ils doivent, bien sûr, respecter devoirs et règlements mais d’abord « observer parfaitement les règles morales », définit le Larousse. Tout le contraire des pharisiens de l’Évangile, qui nettoyaient l’extérieur de la coupe et du plat, mais qui, à l’intérieur, étaient pleins d’avidité et de méchanceté.

« Nettoyer l’intérieur » : pour tous les hommes publics qui se revendiquent des valeurs chrétiennes... et pour les autres, voilà le beau chantier à activer pendant ce temps de carême qui commence.

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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