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Edito

LES ARBRES DE NOVEMBRE.
C’est une forêt presque comme les autres, située au sud de Fleurus. Sur onze hectares d’un domaine qui en compte deux cent cinquante, les arbres pluricentenaires, les mélèzes et les restes de vieilles chênaies ne se comptent plus. De même que les plantes à bulbes comme le muguet, les jonquilles ou les
jacinthes. Une forêt qui n’a jamais été aussi belle qu’au cours d’une de ces journées d’automne où, même si les feuilles meurent avant l’hiver, elles revêtent cette couleur mordorée dont les roussissures les font presque confondre avec l’éclat du soleil.

Mais c’est aussi un lieu pas comme les autres, car cette forêt de Soleilmont abrite le seul lieu belge consacré à « vivre le deuil autrement ». Dans d’autres coins du monde, le concept existe de longue date. Il y a plus de deux cents lieux de ce type en Angle- terre, une cinquantaine en Suisse, et d’autres en Allemagne, Hollande, Luxembourg et en Amérique du Nord. En Belgique, la Fondation Les Arbres du Souvenir « offre aux familles endeuillées des lieux de mémoire, de promenade, d’apaisement et de sérénité en pleine nature ». Elle propose de dédier un arbre à la mémoire d’un proche (ou de plusieurs membres d’une famille), ou d’en planter un nouveau en son nom. Et, pour les personnes qui ont choisi la crémation, elle offre une alternative au recours aux columbariums, souvent trop froids, ou aux pelouses de dispersion des cimetières communaux, trop anonymes. Ici, l’on peut disperser ou inhumer les cendres au pied de l’arbre choisi, ou à celui d’un chêne réservé à la communauté. Et l’idée séduit tant les croyants que les non-croyants. Chose importante, les espaces gérés par la Fondation ne constituent pas des lieux privés et fermés. S’ils se présentent comme des endroits de recueillement, ils revendiquent aussi être des lieux de vie. Et sont ouverts aux promeneurs en quête de quiétude, aux familles, aux enfants.

Ce nouveau mode de vécu du deuil a été possible parce que, à la demande de la Fondation, le Parlement Wallon a adopté, il y a un an, un nouveau décret visant à améliorer le régime juridique de conservation des cendres à domicile. D’autres initiatives que celle des Arbres du Souvenir pourraient donc voir le jour afin de permettre de vivre autrement la séparation que la mort impose. Et ne pas en limiter la mémoire aux cadres parfois si solennels et austères des cimetières officiels... dont les (rares) arbres semblent toujours en deuil.

En ce mois de novembre, où le souvenir des défunts se perd de plus en plus, se retourner vers la nature et son cycle permanent de régénérescence constitue assurément l’un des meilleurs moyens de réconcilier à jamais la mort et la vie.

Frédéric ANTOINE.

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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