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Gabriel Ringlet : le livre du dénuement

IL N’AURA fallu que le temps d’un week-end pour que les pendules
soient remises à l’heure. La visite de Benoît XVI en France, début
septembre, aura essentiellement servi à recadrer ce que Rome
attendait de cette Église locale et à éviter que des initiatives de terrain
n’y viennent contrecarrer les instructions du Vatican. Un discours
bien senti aura suffi pour rappeler aux évêques que l’Église catholique
n’avait qu’un chef, et qu’il s’agissait de suivre sa doctrine à la lettre.

Toute ambiguïté concernant les projets du successeur de Jean-Paul II peut
donc être levée : l’actuel occupant du Vatican est bien l’homme de l’ordre, de
la discipline et de la loi que l’on avait pressenti. Il peut chercher à se montrer
plus populaire. Il peut réussir à plaire à une infime tranche de la jeunesse,
celle qui, perdue par l’évolution du monde, s’accroche à des valeurs d’ordre
ou à une spiritualité débranchée des réalités. En fin de compte, Benoît XVI
est bien là pour reprendre les choses en main et éviter que les Églises locales
n’ambitionnent trop d’autonomie.

Pour nous qui habitons à côté de l’Hexagone, et dont les médias ont amplement
couvert les événements, les choses sont aujourd’hui plus claires qu’hier :
les temps meilleurs ne sont pas pour demain. Les attentes d’ouverture tant
exprimées lors de sondages, d’opérations de prises de parole ou de rencontres
sur le terrain ne recueillent pas d’écho à Rome. Là-bas, si l’on parle
d’ouverture, il faut plutôt la chercher du côté de « ceux d’avant », des conservateurs
amateurs de latin, de messes dos au peuple et d’une Église triomphante.
Pas d’attention pour les appels du monde ou les déchirements de
ceux qui souffrent de situations personnelles difficiles. Il s’agit de ne rien
concéder, de peur que le navire ne coule. Et même plutôt de revenir en
arrière. En espérant que demain redevienne comme hier. En conservant une
verticalité, une concentration du pouvoir où chacun des niveaux de la hiérarchie
n’est chargé que de relayer la parole du sommet.

« Est-ce cela l’Église de Jésus-Christ ? Est-ce celle-là mon Église » entend-on
dire sur le terrain. Quelle réponse d’espérance apporter pour l’heure à cette
question ? Oui, à sa tête, le bateau a un capitaine. Mais combien de matelots,
combien de passagers, comptera encore à terme pareil équipage, tellement
déconnecté du vécu quotidien de la plupart des Belges, des Français, des
Occidentaux en général ?

Malgré les bourrasques, à L’appel, nous préférerons garder le cap de
l’ouverture. En espérant que notre bateau, lui aussi, arrivera un jour à bon
port. Mais pas avec une poignée de lecteurs.

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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