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LE BEL HEROS DU RAVEL : Adrien cherche le soleil

Animateur de radio, producteur d’émissions, inventeur des Belges du bout du monde ou du Beau vélo de RAVeL, Adrien Joveneau est aussi découvreur de talents avec Belgodyssée. Petit bout de chemin avec un homme de médiation et de rencontres.

C’est lui qui vous réveille le dimanche matin en vous emportant à la découverte de Belges expatriés aux quatre coins du globe. C’est encore lui qui fait pédaler plus de 100000 personnes chaque saison sur le réseau autonome des voies lentes (RAVeL).

Son périple radiophonique démarre par deux ans de pige entre 1983 et 1985 à la RTBF Mons. Ensuite, Adrien Joveneau décroche un vrai contrat à Noël 1985. La radio, c’était déjà son univers… « Après avoir fondé la radio libre « Intérim » à Tournai et fait mon mémoire en communication sur les radios libres, il était naturel de poursuivre dans cette voie. À l’époque, on avait acheté un émetteur en Italie, on se planquait dans un grenier pour ne pas se faire prendre ! J’ai essayé de garder ce côté un peu pirate, ce côté frondeur qui fait du hors-pistes. »

Marque de fabrique

« J’ai la chance de produire les émissions que j’anime. J’en connais la saveur et le prix… Il faut trouver les moyens nécessaires, confie Adrien. J’aime toujours découvrir le monde et ses habitants et le faire partager. » Ces découvertes au bout de la rue ou au bout de la roue, dans des campagnes de chez nous, il les complète avec les Belges du bout du monde. « Le projet a démarré en 1985, avec la collaboration de la Régie des Téléphones. À ce moment, une communication avec l’étranger était hors de prix. Nous permettions à des familles de communiquer gratuitement. L’émission n’a adopté son nom qu’en 1988. Les techniques ont évolué depuis… Skype et les réseaux sociaux n’existaient pas. »

Mais les émissions ont aussi adopté une sensibilité plus citoyenne. «  Nous avons la chance d’être dans un pays dont on émigre librement. Par contre, ceux qui arrivent chez nous ont souvent dû fuir un pays en conflit. Le regard proposé est double : Si j’interviewe un Belge parti au Cameroun, j’essayerai d’avoir aussi un Camerounais arrivé chez nous. »

Pari fou

Avec Le beau vélo de RAVeL, Adrien offre une autre facette. Celle du bâtisseur un peu fou. « L’émission est partie d’une boutade sur antenne. J’offrais le petit-déjeuner aux cinquante premiers qui me rejoindraient sur un chemin RAVeL. On s’est retrouvé à soixante-quatre ! » Depuis, chaque week-end draine entre cinq à dix mille personnes. « Mes dix baguettes et trois fromages ont fait place à trois semi-remorques, des chapiteaux et 150 personnes qui travaillent sur l’événement pendant les week-ends. »

Malgré quelques chutes, immortalisées dans les bêtisiers de fin d’année, puisque l’émission est aussi déclinée en télé, Adrien garde le cap. « Les gens retiennent plus facilement les chutes que les contenus, sourit l’animateur. Cela a un côté superficiel, mais on joue le jeu. Nos faiblesses nous rendent sympa. En général, dans la vie, on n’est pas des Superman. Cela nous rend attachant. Les gens aiment s’identifier. Moi, je préfère Gaston Lagaffe à Superman. Il est plus gai.  »

Non au formatage

S’il est de tempérament joyeux, notre animateur a tout de même des choses qui le fâche… « Ce qui me déplaît le plus, c’est le formatage. Le fait que l’uniformité est une tendance qui se répand. Moi, je crois que l’on doit toujours cultiver la différence, sinon les radios font la même chose. Bon Dieu, faisons des choses qui ouvrent. Cette mondialisation aseptisée où on écoute les mêmes disques partout au même moment, … cela m’exaspère ! »

La recherche de la différence faut de notre globe-trotter un découvreur de talents. Son autre émission, Belgodyssée, est un vivier au sein duquel se recrutent les futurs journalistes et animateurs radio ou TV. « Depuis dix ans, en collaboration avec la VRT et le Fonds Prince Philippe, ce concours de reportages permet à des étudiants en journalisme du pays de travailler ensemble. « Le gagnant obtient un contrat de six mois dans une rédaction. C’est ainsi que Mehdi Khelfat, Hélène Maquet, Quentin Warlop sont entrés à la RTBF » raconte celui qui joue un peu leur « parrain ».

Engagement

Quand Adrien soutient des causes comme « Sing for the climate » ou Handicap International, c’est, explique-t-il, en référence à ses six années d’internat à l’Athénée Prince Baudouin de Marchin. « La devise de l’école était du style : ‘À une époque où l’on ne songe qu’à ses droits, soyons aussi de ceux qui pensent à leur devoir’. Cette phrase m’inspire. Nous vivons dans un pays avec plein de privilèges. Notre devoir est de les partager, de se mettre en danger, de sortir de nos zones de confort. Je revendique cela, même si cela fait un peu boy-scout et old-school… »
S’il cherche les rencontres qui font sens, Adrien cherche aussi le soleil. À l’image de son totem scout : Hémione. Un cheval de Mongolie qui avance en fonction du soleil…

Stephan GRAWEZ

Cet article a été publié en version restreinte dans le N° 364 du magazine L’appel (février 2014).

(Photos : © RTBF)

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