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Taizé est à Bruxelles

Mais qu’est-ce qui attire ici ces milliers de jeunes qui, souvent, ont déserté leurs églises ? Qu’est-ce qui rend aussi à l’aise et enthousiastes, même les plus réticents ? Et quel étrange phénomène les transforme en adeptes de la prière rivalisant de serviabilité, prompts aux débats philosophiques ?

marche pas comme ça, nos églises sont moches et froides, on s’ennuie à la messe”… Pour moi, c’est la forme, la simplicité qui rend les choses plus abordable », explique Frère Maxime. « Le contenu est allégé. On vit dans une société de l’information, de la surinformation même. Nous enlevons dans notre prière, dans nos célébrations, le surplus d’information pour nous focaliser sur la forme, grâce notamment à nos chants méditatifs. En occident, la dimension de contemplation est très secondaire, alors qu’il y a une véritable soif de cela. La dimension du shabbat, du repos, a disparu. ».

Apprivoiser le silence

Et curieusement, le silence passe bien, même s’il reçoit un accueil mitigé en début de séjour. « Lors de chaque prière, il y a un temps de silence de 8 minutes 52, comme ils nous le précisent de temps en temps. », poursuit Frère Maxime en riant. « Il faut bien avouer que parfois, à la fin, certains trouve le temps long et que, dans le fond, de l’église, quelque MP3 se mettent en route pendant que d’autres comptent leurs doigts de pied. Rien n’est gagné d’avance, mais nous les accompagnons. Il y a un travail intérieur important qui ne peut pas laisser indifférents. Ici, on prend le temps de digérer tout ce que l’on vit. Hier, une fille s’est exclamée « à la messe, on fait tout le temps quelque chose, on ne sait pas regarder à l’intérieur de soi ! » Les jeunes sont plus prêts à apprivoiser le silence qu’on ne le pense… »
La beauté semble aussi compter parmi les « ingrédients » de cette recette inratable. « C’est le chemin qui fait tomber beaucoup de crainte et de rejet par rapport à la religion », commente Frère Émile. « La recherche de la beauté fait partie de Taizé. Les chants, l’église y participent amplement. Nous ne sommes pas des chanteurs extraordinaires, mais nous on se rattrape sur ce que l’on ajoute au silence. Et c’est touchant de voir que, indépendamment de la foi, Taizé est aussi une initiation à la beauté pour certains », complète le Frère Maxime.

Goûter puis décider

L’autre élément qui attire à Taizé, c’est la balance entre ouverture, liberté et règles de vie. « Nous n’obligeons à rien en ce qui concerne leurs choix et leurs positionnements, mais, pour qu’il y ait choix, il faut une découverte en profondeur. On ne vient pas ici pour prendre juste un apéro, on participe à tout le repas ! Et donc sur la participation aux échanges et aux prières, nous restons fermes », explique Frère Maxime. Les réticences viennent d’ailleurs plutôt des adultes accompagnateurs. « Ils nous disent “Oh, si on leur fait faire ça ils vont s’ennuyer, ça ne va pas les intéresser.” Or les jeunes sont curieux et apprécient le rythme des journées. »
Taizé, c’est le break par rapport au rythme de vie actuelle. « C’est un retour aux sources qui permet de redécouvrir l’envie de vivre. Même les plus jeunes valorisent la sérénité, le calme, alors qu’au début ils en ont un peu peur. »
Les jeunes sont sensibles au rythme régulier imposé par la vie de la communauté. « Un rythme qui introduit une dimension de temps différente, qui évacue le souci de « qu’est-ce qu’on fait après », qui libère. Cela les rassure. “On se sent chez nous !” me disent-ils souvent. Et c’est dans ce « chez soi » que s’intègre la dimension religieuse. Avec le sentiment que cette notion spirituelle est dans la vie et non pas en dehors. », précise Frère Maxime.

Pas d’objectif

Enfin, l’élan qui pousse vers Taizé tient aussi à la personnalité des frères. « Au début, il y a souvent de la méfiance face à nous qui exerçons une « profession de la religion », puis ils se détendent », enchaîne le religieux. « Nous les accueillons en permanence, mais venir ici, c’est une démarche qui leur appartient, et ça change tout ! Nous ne les agrippons pas sur un contenu, sans autres objectifs de que celui de dire « puisque vous venez, on partage ». » Un contraste avec cette société où il faut réussir sa vie sur tous les plans, profession, famille, loisirs. « Les adolescents que je rencontre sont très vifs mais rongés par la peur de l’avenir. Ici, il n’y a rien à prouver, pas d’objectifs à atteindre. » Du coup, la méfiance tombe car ils s’aperçoivent vite que la communauté n’a pas d’agenda caché.
Une manière d’être distillée par des frères vivant dans leur temps.
Enfin, l’écoute fait partie intégrante du travail des frères.

Pas de place pour l’exaltation

Frère Roger s’est toujours défendu d’être un gourou et se méfiait des « feux de pailles ». « Nous misons sur la durée de notre action. Il faut mettre les jeunes ensemble, mais éviter l’exaltation, l’excitation de masse. Ainsi, lors de nos rencontres internationales, on demande qu’il n’y ait pas de drapeaux. Ça doit rester des rencontres interpersonnelles, pas des jolis chahuts dans lesquels les Français vont hurler plus fort que les Italiens ». Le travaille à long terme se fait en collaboration avec les pastorales des jeunes, avec les diocèses, etc. « Taizé, ce n’est pas un mouvement. Notre travail s’est de guider et d’accompagner les jeunes au sein de leurs Églises… », conclut Frère Maxime

Annelise DETOURNAY

Mot(s)-clé(s) : Taizé
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