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UCCLE : Prête à partager.

Agnès a 67 ans. Elle habite à Uccle. « Aujourd’hui, c’est au cœur de ma ville qu’arrivent des milliers de demandeurs d’un lieu de vie. Mon quartier, mon confort, mes idées… je suis prête à les partager. »
Eux et nous, eux et moi

Cimetières calmes et fleuris. Je peux évoquer sereinement les années passées avec mes parents enterrés ici.
EUX, forcés de s’expatrier par le haine, la violence, ont dû laisser leurs aïeux et ne savent peut—être pas ce qu’ils sont devenus.
Douleur du départ, angoisse du chemin, angoisse réciproque quant à l’accueil. Car certains hurlent ne pas vouloir d’EUX dans leur ville ou leur quartier. 
Nous vivons des semaines bouleversantes, révélatrices, déterminantes pour l’humanité. Sur le site d’Amnesty International, je peux trouver quelques réponses à mes questions et chaque jour j’y pense, j’y pense, et je passe de l’émerveillement à la colère, de l’étonnement à la déception.
Admirables bénévoles qui ont passé des journées à monter, démonter des tentes, trier des vêtements, éplucher des fruits, transformer des palettes de bois en fauteuils, tables, chemins secs. J’ai passé quelques heures avec eux, un sac poubelle à la main ; réaction quand je le raconte : " ils ne savent pas ramasser leurs déchets eux-mêmes ? ". EUX pas moins que les autres, voyez nos parcs, les abords des écoles ! » Ils levaient le pouce ou me montraient leur coeur, appréciant notre action.
J’avais préparé une chambre et une salle-de-bain ; la plateforme citoyenne m’annonce : on viendra vendredi. Personne n’est venu. Réaction : " Et tu n’as plus eu de nouvelles ? ".Non, normal, c’est moi qui suis à la disposition des ONG et non l’inverse. Ils ont plus important à faire. Je n’apporte qu’une goutte d’eau, comme le colibri.
Au centre d’accueil de la Croix Rouge près de chez moi, j’ai, pendant plusieurs mois, animé une après-midi. de " travaux féminins". Certaines étaient très constantes. Pour d’autres, cette " tricothérapie" n’arrivait pas à leur apporter un instant de détente. J’entendais l’inquiétude avant ou après une audience au commissariat, l’attente de la décision décisive ou négative : dedans ou dehors. Aujourd’hui j’y retourne pour parler avec les nouveaux arrivants qui le souhaitent. Un français élémentaire : « bonjour, nous sommes mardi, ceci c’est le front, les doigts, qu’avez-vous fait aujourd’hui », etc.
J’admire les responsables des centres d’accueil qui arrivent à maintenir une ambiance sereine et positive dans un mélange de nationalités, croyances et âges différents.
Il y a quelques jours , j’assistais à un échange dans une paroisse, au départ de la parabole du Bon Samaritain. Dieu nous aime tous, d’un amour inépuisable et nous invite à le partager avec notre prochain. OK. La paroisse a loué un appartement et y accueille une famille syrienne : plusieurs paroissiens se sont engagés à assumer les loyers pendant 3 ans, par ordres permanents bancaires. Bravo. Mais le propriétaire a souhaité que les occupants soient chrétiens. Dommage. Le samaritain n’a pas fait tant de chichis !
J’entends : "ils ont tous des smartphones ! " Je m’en réjouis pour eux : ils ont au moins ce lien avec leur famille lointaine, avec leurs amis, et quelle source d’informations ! Ici, je vois que quasi tous les jeunes en ont et le tiennent constamment en main ! Je peux encore m’offrir le luxe de ne pas en avoir : je suis bien entourée dans un pays où tout fonctionne !
J’ai 67 ans. Dans mon enfance, mon ouverture à la solidarité mondiale se résumait à ce que nous racontaient les missionnaires de retour au pays et nous vendions des calendriers pour les missions.
Aujourd’hui, c’est au coeur de ma ville qu’arrivent des milliers de demandeurs d’un lieu de vie. Mon quartier, mon confort, mes idées,… je suis prête à les partager.
Entre la peur et la haine, je choisis la troisième voie.

Agnès

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