Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N°416

Edito

DE LA PASSION À PÂQUES.

Cliquez pour télécharger l’article en PDF

Le lundi 18 janvier 2010, dans les locaux de la Conférence épiscopale belge, un homme abattu présente à la presse son successeur à la tête de l’archiépiscopat de Malines-Bruxelles. Atteint par la limite d’âge, le cardinal Danneels est sur le départ. Quand il convoque les médias pour leur présenter le nouvel archevêque, le cardinal est visiblement effondré. Le pape Benoît XVI a en effet choisi de nommer l’évêque de Namur, dont les prises de position et la gestion du diocèse avaient suscité de nombreux remous depuis son arrivée en 1991.

Alors que l’on tente aujourd’hui de dresser des portraits de Mgr Danneels, décédé à l’âge de 85 ans ce 14 mars, l’image de cette passation de pouvoir obligée restera un des souvenirs les plus marquants que je conserve de lui. Le vieil archevêque pressentait bien alors que l’atmosphère de concorde, de to-lérance et de dialogue qu’il s’était efforcé de tisser risquait de passer à la trappe du conservatisme, de la rigueur doctrinale et de l’intolérance prônés par son successeur. Valeurs sur les bases desquelles le pou- voir romain n’avait pas hésité à le désigner afin de ramener le catholicisme belge dans un « droit chemin »...

Mon autre image du cardinal Danneels est à peine postérieure de trois ans. Ce jeudi 14 mars 2013, une conférence de presse se tient au Collège belge de Rome. La veille, peu avant 20h, la fumée blanche de la chapelle Sixtine annonçait l’élection du pape François. Godfried Danneels faisait partie du collège des cardinaux électeurs, car, même trop vieux pour être archevêque, il ne l’était pas pour élire le nouveau pape. Et aucun autre Belge ne participait à cette élection, Benoît XVI n’ayant pas eu le temps (ou l’envie ?) d’élever son successeur à Malines-Bruxelles au titre de cardinal. Et ce malgré ses insistances...

Devant un petit parterre de journalistes belges, Mgr Danneels cache mal sa joie et sa satisfaction. En 2005, il avait accueilli l’élection de Josef Ratzinger avec résignation, et il était de notoriété publique qu’il n’avait pas voté pour lui. Huit ans plus tard, son poulain de 2005, pour lequel il avait mené campagne lors du conclave, accédait au trône de saint Pierre. Il met en lui toutes ses espérances pour le renouveau, sinon le sauvetage, de l’Église catholique. En tant que doyen des cardinaux, il dira une prière lors de la cérémonie d’installation de Jorge Mario Bergoglio. Ce moment sera un de ses derniers actes publics, l’aboutissement d’une carrière au service de l’Église.

Bien d’autres moments pourraient raconter la vie de ce prêtre profond, mais simple, qui avait toujours veillé à maintenir l’Église au milieu du village, préférant les compromis aux ukases et évitant au catholicisme belge de tomber dans les raidissements et les blocages qu’ont prônés ailleurs des responsables d’une Église devenue minoritaire au sein de la société.

Ne pas évoquer son manque de diligence face aux affaires de moeurs qui ont, avant d’autres pays, marqué l’Église catholique belge serait évidemment brosser de l’homme un portrait incomplet. Il avait lui- même reconnu ses torts à ce sujet. À l’heure où ce thème ébranle jusqu’aux fondements de l’institution vaticane, l’attitude équivoque du cardinal ne peut que ternir l’image qu’on retiendra de lui.

Aujourd’hui, c’est d’une véritable résurrection que l’Église catholique a besoin, sur ce sujet et sur d’autres. Alors que Pâques est à nos portes, la récente décision du pape sur le cas Barbarin ne semble pas aller dans le bon sens...

Frédéric ANTOINE

Rédacteur en chef

Mot(s)-clé(s) : L’édito
Documents associés
Partager cet article
Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N°416