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Edito

Du monde...

« L’Église est dans le monde mais n’est pas du monde. » Tous les médias ont mis en exergue cette phrase extraite du discours testament prononcé par Benoît XVI devant tous les cardinaux, le 28 février dernier au matin. Si la sentence illustre parfaitement la pensée du pape sortant, elle révèle aussi l’impasse dans laquelle se glisse de plus en plus le catholicisme, persuadé que c’est en affirmant qu’il n’est pas de ce monde qu’il parviendra à (re)conquérir les âmes et les cœurs de millions d’hommes et de femmes qui, 24h sur 24, sont elles et eux confrontés à ce qu’est « être de ce monde » tout en essayant d’être des disciples du Christ.
Pour être exact, ce que le pape sortant avait déclaré était que l’Église « est dans le monde, mais pas du monde : elle est de Dieu, du Christ, de l’Esprit ». La citation, même complète, s’écarte plus qu’elle ne décline ce qu’avait dit à ce propos Gaudium et Spes, ce fameux texte de Vatican II. On pouvait en effet y lire : « L’Église est dans le monde. Elle n’est pas du monde, mais, ferment et âme de la société humaine, elle vit et agit avec lui, et partage le sort de toute l’humanité. »
Gaudium et Spes inscrivait de manière forte l’Église au cœur du monde. Son message n’était pas pour demain, l’au-delà ou la mort, mais pour l’aujourd’hui, le maintenant, la vie, l’incarnation. Les dernières paroles du pape sortant semblent concéder qu’il faut bien être dans le monde, mais que cela ne concerne pas l’essentiel de la foi chrétienne. Or, c’est sans doute là que se situe le débat de fond, et peut-être le déchirement, entre deux manières d’être disciple du Christ : être ancré au cœur du monde, ou le supporter, dans l’espoir d’un autre temps.
S’il y a bien quelqu’un qui a éprouvé ce que c’est qu’être humain, c’est Jésus-Christ. Trahi, abandonné, il aurait pu délaisser l’humanité. Or, même ressuscité, il est revenu un temps au cœur du monde. Et c’est parce qu’il a été homme parmi les hommes que tant d’êtres humains se sont retrouvés dans les paroles et les actes révolutionnaires qu’il a pu poser tout au long de sa vie.
Non seulement l’Église doit être dans le monde, mais elle doit être le monde. Elle ne peut pas se séparer de lui et estimer que seuls ceux qui font fi de ce monde ont le droit d’être reconnus par Elle. Verbe, il s’est fait chair. Chairs, nous le sommes toutes et tous. Avec nos peines, nos faiblesses, nos joies, nos douleurs. Du christianisme, les humains n’attendent pas de la compassion, mais une aide pour être, au cours de leur vie, de vraies femmes, de vrais hommes. Même si, tous, nous sommes englués dans les aléas de l’existence.
Alors que Pâques est là, le plus profond souhait que l’on pourrait adresser au nouveau pape François ne serait-il pas de contribuer à remettre le monde au cœur du mes- sage chrétien ? Pourrait-il y avoir plus belle résurrection ?

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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