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Edito

PRENDRE SON DESTIN EN MAIN.
Cela faisait longtemps, dans cette commune moyenne de Wallonie profonde, que les mêmes partis et les mêmes hommes (et femmes) étaient aux commandes. L’ancien maïeur en avait ainsi conservé le gouvernail pendant de nombreuses années, laissant la localité vieillir avec lui. Son successeur avait
la même ambition. Et la même philosophie : éviter de faire des vagues. De longue date, on avait donc davantage « administré » que vraiment géré la commune et on avait évité de prendre pour elle des décisions pouvant susciter des réactions. Ce n’est pas un hasard si les bourgmestres entament la plupart de leurs discours par : « Mes chers administrés »…

Or, voilà qu’un jour, dans un des petits hameaux de cette entité, une partie des habitants ressent comme l’impression d’être un peu abandonnée. Situé à une des extrémités de la commune, ce village n’est pas le premier des soucis du pouvoir local, qui préfère choyer les parties plus peuplées, où des citoyens sont souvent demandeurs d’aide ou de service. Ici, moins la commune se montre, mieux elle se porte. Blotti en fond de vallée, le hameau subit fréquemment des trombes d’eau lors de gros orages. La commune a bien réaménagé certains de ses coins haut-perchés. Mais sans se soucier des conséquences en-deça. Et comme elle ne cure les avaloirs qu’une fois tous les six ans, les riverains d’ici ont pris l’habitude de voir l’eau envahir propriétés et jardins, et parfois les caves ou rez-de-chaussée… Mais bon, ils sont si loin du lieu des décisions.

Plusieurs autres griefs locaux, et l’immobilisme des autorités, ont fini par exacerber quelques habitants. Période électorale aidant, certains se sont demandé comment réagir. Ne pouvait-on profiter de ce momentum pour réveiller les politiques ? Ils ont essayé. L’inertie à laquelle ils se sont heurtés les a découragés. Une poignée alors imaginé de constituer eux-mêmes une liste, qui aurait porté un nom comme : « Sauvons notre village ». Face aux machines politiques qui cherchent à pêcher des voix dans tous les coins de l’entité, et défendent donc un « intérêt commun minimal » afin de ratisser large et de ne fâcher personne, la liste du village aurait cassé les clivages datant de la fusion des communes en 1976. Elle aurait valorisé le voisinage et le proche. Un intérêt « particulier », certes, mais où bien du monde se retrouverait.

Pourtant, le jour de la date ultime de dépôt des listes, « Sauvons notre village » n’a pas franchi le pas. L’idée n’a pas dépassé les discussions de ces soirées d’été au cours desquelles on refait le monde. À la mi-octobre, certains villageois iront voter, persuadés que, quels que soient les élus, la logique de la mécanique politique restera la même. Et qu’ils seront encore les oubliés des six prochaines années.

Auraient-ils fait mieux ? Leurs occupations, la vie professionnelle et familiale, la peur du politique et, surtout, de la politique, ne les ont pas poussés à l’audace…

Peut-on imaginer que pareille histoire puisse un jour être réelle ? Dans certaines communes, en tout cas, les « candidats citoyens » envahissent les listes de ces élections locales. Nous nous demandons ce mois-ci (pp. 6-8) si c’est toujours pour le meilleur. Ou pour le « pur »…

Frédéric ANTOINE

Rédacteur en chef

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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