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Edito

GUER(R)E DE RELIGIONS

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« Qu’on supprime toutes les religions. C’est à cause d’elles qu’on a toutes ces guerres !  » Combien de fois n’en- tend-on pas prononcer ces paroles, qu’un simple tour de l’actualité ne peut que paraître valider ? À commencer par la destruction de la palestinienne bande de Gaza, forcé- ment musulmane, par une armée israélienne évidemment composée de militaires juifs. Drame qui n’a fait lui-même que suivre l’assassinat de centaines d’Israéliens, donc juifs, par les milices du Hamas, ne pouvant agir qu’au nom de l’islam. Comme si cela était si évident.

La passion que suscitent les événements du Moyen- Orient ne peut cacher que, aux quatre coins du monde, des conflits semblent n’être justifiés que par des consi- dérations religieuses. Ainsi, par exemple, la guerre me- née par la junte birmane, État principalement bouddhiste, contre la minorité Rohingya, musulmane. La persécution des Ouïgours, en grande partie musulmans, par l’État chinois. Ou les tensions permanentes entre l’Inde hindoue, et le Pakistan, terre d’islam.

N’oublions pas non plus qu’une étincelle suffirait à réem- braser l’Ulster, cette petite partie de l’île d’Irlande où pro- testants et catholiques n’en finissent pas de régler leurs comptes. Qu’à Chypre se font face depuis 1974 une partie orthodoxe et une autre, annexée par la musulmane Tur- quie. Ou qu’en Afrique, de nombreux conflits entre États, ou entre les parties d’un État, opposent tenants du chris- tianisme et ceux de l’islam. Tout ceci sans parler des actes terroristes qui secouent la planète, dont une bonne part est menée au nom d’une “guerre sainte”...

Alors, finissons-en avec les religions. Le monde en retrouvera la paix !

Tentant mais peut-être pas si simple. Car les motivations religieuses brandies pour justifier partir en guerre contre un voisin ne sont souvent qu’un arbre cachant une forêt d’autres raisons. Bien moins avouables, mais bien plus profondes que des divergences sur l’identité de Dieu ou le
respect des prescrits énoncés via ses prophètes.

Les “guerres de religion” s’enracinent (aussi) dans des antagonismes culturels ou idéologiques, des rivalités face à un sentiment d’infériorité sociale, des rancœurs ancestrales de nature tribale, des velléités de conquêtes territoriales, des envies de domination...

Bref, tout ce contre quoi les religions et les philosophies se sont toujours élevées...

Mais qu’il est aisé de camoufler cela derrière le si honorable masque de la guerre juste, menée de bon droit au nom d’un Dieu qui ne peut qu’en bénir la cause quand on le brandit en étendard.

La responsabilité des religions et des philosophies face aux guerres ne peut laisser L’appel indifférent. Et ce d’autant que notre mensuel donne chaque mois la parole à des membres de grands courants de pensée et de foi. Notre rubrique “Croire ou ne pas croire” est ouverte à des chroniqueurs qui y développent un regard ou un point de vue personnel. Une fois par an, nous les invitons à s’expri- mer sur un thème commun. Actualité aidant, on ne pouvait échapper à la question des liens entre guerre et religions.

Leurs réflexions occupent les pages 21 à 25 de ce numéro. Ces cinq pages ne sont pas un lieu de débat au sens où il ne s’y trouve ni échange ni discussion entre les uns et les autres. Par le passé, les rares tentatives menées en ce sens n’ont jamais donné totale satisfaction, car un support écrit n’est pas un lieu idéal pour la consignation de longues paroles.

Nous préférons donc vous livrer cinq regards. À vous de vous les approprier. Dans ce cadre comme dans notre pro- jet global, nous vous livrons une “boîte à outils”. Pas un ob- jet préconstruit. Avec ces matériaux commence vraiment, me semble-t-il, une démarche de recherche de sens. À laquelle nous accordons la plus grande importance.

Frédéric ANTOINE, Rédacteur en chef du magazine L’appel

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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