RÊVE DE RÉVOLUTION.

RÊVE DE RÉVOLUTION.

RÊVE DE RÉVOLUTION. « La présence des chrétiens à la révolution suppose et requiert la présence de la révolution à l’Église. » Ainsi se prononçaient, le 21 mai 1968, quatorze personnalités catholiques et protestantes françaises, dont le philosophe Paul Ricoeur, dans le magazine chrétien de gauche Témoignage chrétien. Ils témoignaient de l’agitation qui touchait alors…

Publié le

25 avril 2018

· Mis à jour le

4 février 2025

RÊVE DE RÉVOLUTION.

« La présence des chrétiens à la révolution suppose et requiert la présence de la révolution à l’Église. » Ainsi se prononçaient, le 21 mai 1968, quatorze personnalités catholiques et protestantes françaises, dont le philosophe Paul Ricoeur, dans le magazine chrétien de gauche Témoignage chrétien. Ils témoignaient de l’agitation qui touchait alors une partie du peuple chrétien de France, au même titre qu’elle s’était alors emparée de presque tout le corps social de ce pays voisin dont nous sommes à la fois si proches et si lointains.

Il y a dix ans, lors de la célébration des quarante ans des événements de mai, L’appel avait brossé l’histoire de cette révolution qui avait électrisé une partie des chrétiens de l’Hexagone. Cet excellent article de Paul de Theux est toujours consultable sur notre site internet.

À la même époque, le spécialiste religieux du journal Le Monde, Henri Tincq, n’hésitait pas à écrire que Mai 68 avait été « un séisme dans les Églises », rappelant que, selon l’historien et politologue René Rémond, ce qui s’était alors passé « avait fait en France trois principales victimes : l’université, le Parti communiste et l’Église catholique. »

Même si elle était restée au balcon d’événements qui ne la concernaient pas directement, l’Église de Belgique a elle aussi été touchée par le vent de contestation et de remise en question porté par les événements de Mai. Comme en France, ceux-ci n’avaient pas surgi sans un avis de tempête annoncé : le concile Vatican II avait clôturé ses travaux deux ans et demi plus tôt et avait déjà engagé la vieille Église romaine sur le chemin d’une révolution qu’une partie de sa hiérarchie n’a toujours pas totalement digérée cinquante ans plus tard.

Tout comme on rêvait alors d’une autre société, certains imaginaient aussi d’autres Églises, ouvertes, démocratiques, non dominées par la verticalité, et prenant en compte la vie et les attentes de leurs contemporains. À l’été 68, de nombreux catholiques avaient vu leurs espoirs de renouveau à ce propos réduits à néant lors de la publication de l’encyclique Humanae Vitae, qui fermait la porte à tout débat sur la contraception et l’avortement…

Mais le ver de Mai 68 était dans le fruit. Et bon nombre de chrétiens ont, depuis lors, pris des distances face aux interdits du magistère, au nom de leur liberté de conscience personnelle. Ce qui s’est déroulé à ce moment-là continue donc bel et bien à exercer une influence sur la manière dont nous vivons et percevons le monde.

Mais, comme le constate le journaliste et prêtre français Daniel Duigou dans l’entretien qu’il nous a accordé dans ce numéro, les effets de Mai ne touchent plus du tout les jeunes d’aujourd’hui. Ceux-ci basent leurs actes, leurs positionnements et leurs existences sur d’autres références et d’autres codes.

Il n’est donc pas inutile de rappeler qu’il y a cinquante ans quelque chose s’est mis à changer pour toute une génération, et pour ses enfants. Mais il ne faut jamais perdre de vue que le monde ne cesse de se révolutionner. Sur d’autres bases, d’une autre manière. Et que ce sont celles-ci qui forgent le demain de notre monde.

Frédéric ANTOINE

Rédacteur en chef

Notre article d’il y a dix ans :
https://magazine-appel.be/Apres-Vatican-II-mai-68

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