Le numéro du mois

Le plus de L’appel

Philippe Lamberts : « Le réalisme nous commande la radicalité »

Député européen Ecolo, Philippe Lamberts bataille contre l’emprise de la finance sur la société, prône la post croissance comme nouveau paradigme et ne cache pas le terreau chrétien qui nourrit ses convictions.
-- L’année 2017 au niveau européen, c’est l’anniversaire des soixante ans du traité de Rome, fondateur de l’Union et en même temps, le début des négociations pour le Brexit. Qu’est-ce que cela vous inspire comme réflexion ? — Sur le plan de la paix, l’intégration européenne est un succès mais les dirigeants européens ne voient pas ou ne veulent pas voir (...)

L’édito

LA RÉVOLUTION DES ÉLÉPHANTS. Pour la première fois, la France va se retrouver avec un Président ne se revendiquant ni de gauche, ni de droite. Et n’appuyant pas sa victoire sur le lourd appareil d’un parti se réclamant d’un de ces horizons.
Habitués à catégoriser leurs semblables de façon très manichéenne, bon nombre de nos voisins de l’Ouest semblent ne pas s’en remettre. Comme s’il devenait compliqué d’envisager l’avenir à partir du moment où celui-ci ne se construisait plus bloc contre bloc. Avec, face à face, deux mastodontes de taille plus ou moins semblable justifiant leur existence par (...)

Actualité

Pas fier d’être chrétien.

Menteur, profiteur, arriviste, sans souci pour le sort autrui, et en premier lieu pas pour celui des femmes : il est plutôt gratiné, le profil que l’opinion publique peut associer, en 2017, à l’étiquette « chrétien » !

En France, le candidat qui était le plus en vue de l’élection présidentielle est fier de ne pas cacher ses convictions philosophiques et religieuses. Il en a même fait un de ses chevaux de bataille, affirmant « à titre personnel » être en total désaccord avec certaines lois édictées par la laïque République dont il brigue la plus haute fonction.

Christique au point de dire vouloir sacrifier sa vie pour le sauvetage de la France, il s’était aussi fait qualifier de « Monsieur Propre » de la politique. Car, c’était sûr, contrairement à certains de ses compétiteurs, lui n’avait rien à se reprocher. Et rien ne pourrait jamais lui être reproché.

Puis voilà que, de révélation en révélation, la virginale figure de ce catholique désintéressé s’est désintégrée. Inutile de revenir ici sur les péripéties de ce feuilleton médiatique. Pour mesurer les dégâts sur l’image qu’il génère du catholicisme et des catholiques, il suffit de comparer les valeurs prônées par l’Évangile et les pratiques du candidat dans la vie quotidienne.

Peut-on se réclamer du Christ si l’on fait du mensonge un usage quasi-journalier, et si son mode de vie repose sur d’habiles combines destinées à se garantir une part du gâteau supérieure à celle à laquelle on a droit ?

Peut-on se reconnaître frère de son prochain sans se rendre compte que, pour la fonction que l’on vise, les comportements que l’on a adoptés ne peuvent que scandaliser les plus honnêtes, les plus pauvres, plus souffrants ?

Peut-on être disciple de Jésus et juger éthique et moral ce qui apparaît assez normalement pour plus grand nombre comme en étant le total opposé ?

Grâce à l’association d’un homme et d’une foi, est belle, l’image du monde catholique !
Depuis quelques mois déjà, en France, l’adjectif « catholique » était médiatiquement directement associé à un positionnement politique de droite, voire d’extrême droite.
Les événements actuels ne font que conforter cette impression. Comme si les notions d’ouverture, de progressisme, d’écoute de l’autre, d’accueil et de dialogue avec le monde étaient (re)devenus étrangers à l’univers ceux qui se disent appartenir à l’Église.

Elle est d’autant plus belle, cette image des catholiques, que, au nom de la foi qu’ils prônent, des hommes (et des femmes) politiques français ont de plus en plus tendance à vouloir imposer à l’ensemble de la société leurs propres convictions, leur vision du monde et leurs valeurs.

Qu’attend, par exemple, le mouvement « la manif pour tous » de son soutien aux candidats de droite et d’extrême-droite, sinon l’avènement d’un président se son bord, qui remettra en cause le mariage pour tous, puis les droits acquis par les femmes, et par les couples ?

Qu’ils souhaitent respecter pour eux-mêmes les préceptes auxquels ils croient est leur affaire et tout à leur honneur d’êtres cohérents entre leurs actes et leurs pensées. Mais il est, ou était jusqu’à présent, une particularité de l’Occident : celle de refuser d’encore vivre à une époque où un dirigeant pouvait s’employer à transformer un crédo personnel en règles universelles.

Cette ambition d’imposer à tout un peuple ce que l’on considère à titre privé bon n’est pas l’apanage de la « fille aînée » de l’Église. L’actuel président des États-Unis, autre parfaite illustration du christianisme de 2017, pense-t-il autrement ? Chacune de ses décisions, chacun de ses tweets, manifeste cette même intention. Et cette même représentation, pour le moins originale, de ce que sont valeurs chrétiennes dont il se revendique, du moins dans ses discours publics.

Le milliardaire américain suppose sans doute répondre à la loi divine en appliquant le commandement « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée ». Mais sait-il que celui-ci est, dans l’Évangile, suivi d’un « second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?
A-t-il un jour lu, au chapitre 25 de Matthieu, ce texte simple, illustré, mais essentiel : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. »

Le message chrétien est fondamentalement ancré dans la défense et la promotion de l’Homme. Mais, de un brouhaha médiatique auquel rien n’échappe, comment encore faire comprendre que vivre au nom de l’Évangile ne peut simplement reposer sur l’exemple de quelques ténors qui se disent disciples de Jésus de Nazareth ? S’engager au nom du Christ est impossible si l’on ne vise que le pouvoir et le profit, pour soi, ses proches ou le « clan » dont on défend les intérêts.
Les personnages politiques qui osent bâtissent leur légitimité sur l’affirmation d’une identité chrétienne taillée sur mesure devraient relire Marc, quand il rappellait cette cinglante phrase de Jésus : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Un royaume qui, chacun le sait, commence ici-bas.

Frédéric ANTOINE, rédacteur en chef du magazine L’appel

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