Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N° 357

Edito

L’« effet Pancho ».

En Espagne, on dit plutôt « Paco », et au Portugal et au Brésil « Chico ». Mais, dans le reste de l’Amérique du Sud et au Mexique, on utilise « Pancho » comme diminutif affectueux pour « François ». Et il n’a pas fallu longtemps pour que, dans cette partie du monde, on se mette à parler d’un « effet Pancho ». Une conséquence de l’élection de Jorge Bergoglio sur les populations locales. L’agence de presse Zénith, connue pour être fort proche du Vatican, a ainsi relaté que, depuis l’élection du nouveau pape, le comportement des Argentins s’était modifié. Certains, qui avaient délaissé l’Église catholique pour des Églises évangéliques, avaient décidé de revenir à la première. Des catholiques qui ne fréquentaient plus les églises étaient retournés à la messe. Tous avaient été marqués par la simplicité et la bonté du pape François, telles que les médias les leur avaient montrées. Si cet effet dû à la nouveauté se confirme au fil du temps, là résidera incontestablement une de ses premières victoires, lorsque l’on sait le poids que les Églises évangéliques ont pris ces dernières années en Amérique, mais aussi en Afrique.
Plusieurs analystes le soulignent : ce nouveau pontife pourrait bien être d’abord
« le pape des non-catholiques » et en particulier de ceux qui, surtout dans les milieux populaires, avaient abandonné une Église romaine distante et froide pour se rapprocher de communautés plus vivantes, chaleureuses et ouvertes, où l’on pratique l’entraide et où le vécu et les sentiments prennent souvent le pas sur la réflexion raisonnée.
Le pape François sera-t-il donc le bon pasteur du retour au bercail, celui qui ramènera vers la maison du Père ceux qui ne s’y sentaient plus à l’aise, notamment suite au très long pontificat de Jean-Paul II et à la férule de Benoît XVI ? On en rêve assurément dans certains milieux d’Église, d’autant que « l’effet Pancho » ne semble pas se limiter à l’Amérique latine. Dans le reste du monde aussi, la personnalité et le discours de simplicité du pape François ne laissent pas indifférent.
Jorge Bergoglio rassure. Mais son charisme ou ses propos suffiront-ils à ramener à l’Église ceux qui l’ont quittée pour des raisons moins extérieures ? Ceux qui sont partis, découragés, pour des motifs plus profonds, personnels, liés au décalage entre le discours dogmatique de l’institution et l’expérience vécue par chacun dans sa vie de tous les jours ?
Comme nous l’écrivions dans notre éditorial du mois dernier, un pape qui se préoccupe du monde ne peut être considéré que comme un signe de printemps. Et, après un hiver long, gris et neigeux, ne sommes-nous pas tous en demande du moindre signe de l’arrivée d’un printemps ?
Voir des brebis revenir à la messe suite à « l’effet Pancho » est une chose. Remettre l’Église à l’heure du monde et des espérances de l’immense diversité de ce qui compose le Peuple de Dieu en est une autre.
Encouragés par un premier petit rayon de soleil, les catholiques attendent beaucoup du successeur de Benoît XVI. Peut-être trop pour un pape ?

Frédéric Antoine

Mot(s)-clé(s) : L’édito
Partager cet article
Vous êtes ici: Archives / Numéros parus / N° 357