La capitale de l’humanité par JB Malet : une utopie universelle

La capitale de l’humanité par JB Malet : une utopie universelle

Au début du XXe siècle, deux hommes et une femme ont rêvé d’un Centre mondial de communication… qui aurait pu voir le jour à Bruxelles. Dans La capitale de l’humanité, Jean-Baptiste Malet en retrace l’histoire stupéfiante.

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Publié le

1 mai 2023

· Mis à jour le

5 janvier 2026
Couverture du livre

« Les relations économiques et les aspirations fraternelles sont telles, sur la Terre d’aujourd’hui, qu’elles ne demandent qu’un foyer commun pour s’y consacrer et rayonner puissamment. » C’est ainsi qu’en 1912, le sculpteur d’origine norvégienne Hendrik Andersen présente le projet sur lequel il travaille depuis une dizaine d’années : la création d’un Centre mondial de communication voué à la Culture Physique, aux Sciences et à l’Art. Solidement épaulé par Olivia, sa belle-sœur veuve, il a fait appel à l’architecte français Ernest Hébrard qui, au début, s’est montré peu enthousiaste. 

« Le tournant a lieu en 1910, au moment où l’urbanisme devient une discipline internationale, souligne le journaliste-enquêteur Jean-Baptiste Malet. Hebrard décide alors de mettre tout son talent au service de cette utopie, dessinant une ville majestueuse. Il trace des axes monumentaux en intégrant les réflexions urbanistiques les plus poussées de l’époque. Il conçoit le plan du métropolitain, élabore un système de chauffage central pour toute la ville, prévoyant des hôpitaux, des abattoirs, un réseau de canaux, etc. Il va ainsi mobiliser jusqu’à dix-huit dessinateurs, même si, au fond de lui, il est convaincu que ce Centre ne sera jamais construit. » 

L’OPTION BELGE

En 1911, le trio entre en relation avec Paul Otlet et Henri La Fontaine, président du Bureau international de la Paix et futur prix Nobel de la Paix. Comme en témoigne leur correspondance conservée au Mundaneum de Mons, les deux inventeurs du Répertoire bibliographique universel (l’ancêtre d’internet) se montrent particulièrement enthousiastes. Ils envisagent la construction du Centre à Tervueren, sur un terrain légué à l’État belge par Léopold II… dont les crimes commis au Congo lorsque cette colonie lui appartenait sont déjà connus. « Le nom de Léopold II me donne envie de vomir », écrit Olivia dans son journal qui a constitué, pour le journaliste, une précieuse source d’informations.

Le duo belge va aussi trop vite en besogne. Les Andersen et Hébrard souhaitent en effet d’abord rassembler les nations sur leur projet avant d’envisager un lieu d’établissement. Dans un second temps, une fois l’idée acceptée par les grandes puissances, il serait temps d’y réfléchir. Ils ont d’ailleurs rencontré le roi Albert Ier qui, de tous les chefs d’État, est celui qui s’est montré très réceptif et encourageant. « Certaines personnes doivent rêver pour les autres », leur a-t-il répondu. 

UN MUSÉE DISCRET

Leur priorité est de concevoir un grand livre présentant cette cité idéale. C’est cet ouvrage sorti en 1912, Un centre mondial, que Jean-Baptiste Malet a découvert tout à fait par hasard alors qu’il travaillait à la bibliothèque de la communauté de Saint-Louis-des-Français, à Rome. Soucieux d’en savoir plus, il s’est lancé dans une enquête de plusieurs années qui l’a notamment conduit à la bibliothèque du Congrès, à Washington où sont conservées de nombreuses archives. Il a aussi déniché, dans la capitale italienne, un petit musée non mentionné dans les guides consacré à Hendrik Andersen où, en plus de ses statues monumentales, figurent des traces de son Centre. Et si ce projet est aujourd’hui totalement oublié, à l’époque, la presse en a abondamment parlé. En décembre 1913, par exemple, Le Figaro lui consacre sa Une. Et la même année, Hendrik le présente devant plus d’un millier de personnes à la Sorbonne.

Mais la Première Guerre mondiale, puis la mort d’Olivia en 1917, sonneront le glas de ce rêve auquel, pourtant, son promoteur, dans l’Italie mussolinienne, continuera à croire jusqu’à sa disparition en 1940.

Michel PAQUOT

Jean-Baptiste MALET, La capitale de l’humanité, Paris, Bouquins, 2022. Prix : 21€. Via L’appel : – 5% =19,95€.

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