Quelles stratégies pour résister à l’adversité ?
Quelles stratégies pour résister à l’adversité ?
Les crises écologique, économique et démocratique ont des répercussions sur notre quotidien et des conséquences sur notre psychisme. Face aux difficultés matérielles et aux questionnements existentiels, les traditions spirituelles proposent des outils. Penchons-nous sur quelques-unes des ressources du judaïsme.
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La citation du sage Hillel (1er siècle, Jérusalem) nous frappe : « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera, si je ne suis que pour moi, que suis-je, si je n’agis pas maintenant, quand ? » (avot 1 :14) Il nous enseigne un équilibre sur trois fondements : prendre soin de soi-même, prendre soin des autres, agir dans la société. Il réaffirme ainsi l’enseignement du chabat, de l’alternance entre six jours consacrés à l’action dans le monde et un septième marqué par la pause, le ressourcement, la méditation sur le sens du monde (zéHer lémaassé béréchit) et l’importance de la liberté. Il est important de rappeler que ces trois piliers mentionnés par Hillel ne sont pas contradictoires, ils sont en réalité complémentaires.
PRENDRE SOIN DE SOI
Reprenons : « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? » Il invite à prendre la responsabilité de nos propres besoins. Je vous pose la question, en votre for intérieur, vous donnez-vous le droit de vous faire du bien ? Que répondez-vous à la petite voix intérieure qui vous traite peut-être d’égoïste ? Selon Hillel, on peut l’interpeller en ces termes : « Prendre soin de moi n’est pas une expression d’égoïsme, mais une manifestation de mon sens des responsabilités. » En m’occupant de moi, je prends potentiellement soin des autres. Renversons la proposition pour mieux la comprendre : si je ne prends pas soin de moi, mon mal-être rejaillira automatiquement sur mon entourage. Il se peut même que j’éprouve du ressentiment à son égard. On revient à l’interprétation du célèbre « Aime ton prochain, ta prochaine, comme toi-même » (Lev. 19 :18) : aime-toi toi-même, pour pouvoir aimer autrui. Ici, tout dépend de l’intention : est-ce que je prends soin de moi dans l’unique but de me faire du bien, ou bien dans l’optique d’exercer mes devoirs envers moi-même, d’augmenter mon pouvoir d’action sur le monde, mon pouvoir d’amour et de soutien aux autres ? L’individu est important, il a besoin de se développer en autonomie, mais il a également besoin de connexion aux autres.
On touche ici au deuxième point de Hillel : « Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? » Préoccupée uniquement de mes propres besoins, je deviens… seule, déconnectée, impuissante, en manque d’amour, en manque de don. L’hypothèse ici est celle de la Communication Non Violente : il existe une façon de prendre soin de soi qui sera compatible avec les besoins d’autrui. On peut vivre des expériences communes et en sortir plus fort. Ou agir séparément, mais en bonne entente, et en sortir plus libres. L’individu et la relation à un·e alter ego sont essentiels, et font partie d’un tout plus grand encore.
POUVOIR D’AGIR EFFICACE
La troisième partie de la demande de Hillel concerne ce tout. Le « si pas maintenant, quand ? » appelle à l’action dans le monde. Une fois que je me suis stabilisée avec moi-même et que j’ai appris à vivre des relations respectueuses et nourrissantes avec autrui, mon pouvoir d’agir dans le monde s’exprime d’une façon efficace, au service du collectif et de l’avenir. Si les deux premiers points sont oubliés, l’action dans le monde court le risque d’être destructrice : mes névroses motiveront mon action qui en sera entachée. Mes manques relationnels pollueront ma capacité d’action. Au contraire, une vie personnelle et relationnelle riche soutiendra la stabilité et l’efficacité des engagements pour un monde meilleur, plus respectueux de la nature et de l’organisation démocratique, plus résilient aux crises économiques. Ceci est précisément la raison du hashtag que j’utilise régulièrement dans mes publications Instagram et YouTube : #LoveLolLutte. L’amour, l’humour et l’action juste, sont trois attitudes indissociables. Que nos spiritualités nous soutiennent dans nos chemins !
Rabba Floriane CHINSKY
