Antoine Wauters : à la recherche d’une espérance
Antoine Wauters : à la recherche d’une espérance
Philosophe, poète et romancier auréolé de nombreux prix littéraires, dont le récent et prestigieux Goncourt de la nouvelle 2022 pour Le musée des contradictions, Antoine Wauters s’impose comme un auteur belge de premier plan à la verve percutante.
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Comment décrire l’époque adctuelle et où trouver l’espoir en 2022 ? On peut écouter les hommes politiques, quelques grands intellectuels qui indiqueront peut-être des pistes d’avenir, mais la voix des artistes traduit souvent mieux qu’un discours universitaire l’air du temps et ouvre des perspectives. Dans le terreau belge et wallon, voici, dans cette veine, Antoine Wauters, un écrivain à la plume acérée et mordante, moins connu certes qu’Amélie Nothomb, mais qu’on peut considérer comme la révélation littéraire belge de ces dernières années. Sa notoriété n’est plus confidentielle et devrait s’élargir. Ce printemps 2022, il a obtenu le Goncourt de la Nouvelle pour Le musée des contradictions. Il avait été déjà récompensé du Prix Première de la RTBF pour son roman Nos mères. Une renommée plus large est venue l’an passé avec Mahmoud ou la montée des eaux (Prix du Livre Inter), consacré aux souvenirs imaginaires d’un Syrien d’aujourd’hui dans un pays détruit.
IMAGINAIRE DÉCALÉ
Né en 1981 et vivant quelque part dans l’Ardenne liégeoise, Antoine Wauters a des grands-parents agriculteurs pour qui il a de l’affection, attachés à un mode de vie campagnard en voie de disparition dont il semble avoir la nostalgie. Amoureux passionné des mots et grand lecteur de livres, dont le dictionnaire et la Bible, des penseurs comme Nietzsche, Barthes ou Pasolini, il a fait des études de philosophie à L’ULB et a été un temps professeur de philosophie et de français. À l’entendre ou le voir dans quelques interviews, il parait bienveillant, posé, alors que ses écrits trempent souvent dans une encre sombre, non dénuée toutefois de tendresse pour les braves et les laissés-pour-compte. L’univers est souvent celui d’un imaginaire décalé, surréaliste, mais basé sur un aujourd’hui en perte de repères et de projets.
Les livres d’Antoine Wauters sont rudes, baroques, demandent de l’attention pour en gouter toute l’intensité. Le musée des contradictions est une bonne entrée en matière pour ceux qui le découvrent. Pas trop long, cent pages, douze courts chapitres, tous commençant par le mot Discours : Discours du paradis ; d’un pays rétréci ; de la minorité devenue majoritaire ; d’une joie revenue de loin… En exergue, cette phrase de Francis Scott Fitzgerald qui donne le ton : « On devrait être capable de voir que les choses sont sans espoir et pourtant déterminé à les changer. »À chaque fois, des plaidoyers imaginaires riches en contradictions.
LE MOT “AVENIR”
L’auteur pointe ainsi sa génération, celle de la quarantaine : « Elle veut décroitre, quitter le monde de l’argent, mais ne pas en manquer, la génération des constructeurs de cabanes pourtant incapables d’utiliser un marteau sans se ficher le clou dans le doigt… Nous sommes les champions de la contradiction. Notre sport préféré : ne pas faire ce que nous prévoyons et promettre ce que nous ne ferons pas. » S’expriment aussi les tatoués qui n’ont que leur corps pour dire quelque chose et « qui veulent croire et abandonner, aimer et s’entre-tuer ». Autre discours, celui de femmes au foyer à l’existence subie, voulant « bien faire », mais se refusant à donner l’aumône et à croiser le regard d’un clochard. Il y a aussi les anciens agriculteurs qui ont vendu leur ferme, se sont reconvertis en entrepreneurs prospères qui bétonnent leur environnement et sont contre la nature qui envahit tout. Reste cet appel puissant s’adressant à un hypothétique président : « Puisqu’il est admis qu’il y eut un jour de la lumière, pourquoi ne l’avons-nous pas choyée… Apprenez-nous à dire le mot “avenir”. »
Gérald HAYOIS
Antoine WAUTERS, Le musée des contradictions, Paris, Éditions du sous-sol, 2022. Prix : 16€. Via L’appel : – 5% = 15,20€.
