Christine Singer : une chercheuse ardente

Christine Singer : une chercheuse ardente

Christiane Singer, écrivaine conférencière de renom, à la curiosité éclectique dans la rechercher de soi, des autres et du Tout Autre, est décédée en 2007. Son parcours  spirituel méritait d’être raconté. Chose bien faite par l’historienne Andrey Falla.

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Publié le

1 octobre 2023

· Mis à jour le

7 janvier 2026
Couverture du livre de Christine Singer "Une vie sur le fil de la merveille"

Christiane Singer, c’est d’abord un visage, celui d’une femme pleine de charme. Elle est décédée il y a quinze ans déjà, à soixante-quatre ans, atteinte d’un cancer fulgurant. Elle a connu le succès littéraire auprès d’un public de plus en plus nombreux, touché par son approche vivante et poétique du quotidien et son ouverture à différentes traditions spirituelles. Audrey Fella a été touchée par cette personnalité incandescente et a voulu lui rendre hommage sans tomber dans l’hagiographie. 

Christiane Singer est née à Marseille en 1943, d’un père juif et d’une mère catholique, tous deux d’origine austro-hongroise, qui avaient fui le nazisme en France. Ils ont échappé aux arrestations et elle a gardé présente cette inquiétude pour l’avenir. Elle fait des études littéraires, et épouse à vingt-cinq ans un architecte et aristocrate autrichien. Elle emménage dans le vieux château familial. Plutôt que de l’étouffer, ce cadre de vie austère l’incite à déployer une intense recherche personnelle. Elle publie des romans et essais sur la traversée des âges de la vie, le mariage, l’engagement, le féminisme, la passion, la mort. Elle participe à des colloques, propose des sessions de connaissance de soi et de quête spirituelle par la méditation et différentes approches psycho-spirituelles.

OUVERTURE À LA VIE 

Par son héritage familial à la fois juif et chrétien, son tempérament rebelle et son ouverture intellectuelle, elle a développé une spiritualité personnelle. Elle nourrit une méfiance à l’égard des institutions religieuses, quelles qu’elles soient. Celles-ci veulent rassurer, parler au nom de Dieu et sont avides de morale. Pour elle, la vie spirituelle est une aventure de libération, de radical retournement, d’expérience intime. Elle ne renonce pas pour autant à s’inspirer des écrits religieux de la tradition chrétienne, juive, du soufisme ou du bouddhisme, et surtout des êtres religieux, des saints qui incarnent le divin. 

Elle éprouve ainsi un intérêt pour les grands mystiques. Dans chaque religion, elle cherche à capter la Présence. Elle n’a pas développé un nouveau catéchisme ou cherché à devenir une “mère spirituelle” avec des adeptes, elle s’est définie simplement comme une « chercheuse ardente ». Elle a insisté pour une approche du divin par son corps avec tous les sens en éveil. Elle s’est inquiétée aussi de cette course de ses contemporains à un activisme effréné et a invité à rechercher le silence. Le très beau titre d’un de ses livres Où cours-tu, ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? y fait écho. Dans un autre essai, Du bon usage des crises, elle creuse l’inévitable affrontement de chacun avec le malheur, l’échec, la maladie. Elle s’appuie sur l’histoire de Job qui interroge Dieu sur le mal subi. Même si le silence de Dieu est éprouvant, il est une invitation à prendre part à la création et entrer au service de la vie. Elle estimait que la crise permet l’émergence de l’être véritable. 

DERNIER MESSAGE

L’enseignement capital, elle le donnera concrètement lors de ses derniers mois, en cultivant la gratitude, sans jamais lâcher, comme le souligne Audrey Falla, le fil de la merveille. Dans son bouleversant Derniers fragments d’un long voyage, journal de bord à l’annonce de son cancer, elle révèle au mieux, durant ses sept derniers mois, ce qu’elle a engrangé d’expérience vitale. Malgré les douleurs physiques et psychiques, elle fera preuve de courage, de bienveillance et de gratitude pour ce qui a été vécu. Ce journal est une célébration de la vie et de l’amour, un dernier chemin d’initiation et de transformation. Sur sa tombe, on lit cette épitaphe : « J’ai tant aimé ce monde où habite Ta gloire. »

Gérald HAYOIS

Audrey FELLA, Christiane Singer, une vie sur le fil de la merveille, Paris, Albin Michel, 2022. Prix : 21€. Via L’appel : – 5% = 19,95€.

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