L’absence de Dieu

L’absence de Dieu

C’est aussi à travers l’expérience de l’absence de Dieu et de Son silence que le chrétien d’aujourd’hui Le rencontre.

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Publié le

1 mai 2023

· Mis à jour le

5 janvier 2026
Le chroniqueur Armand Veilleux, à l'extérieur devant des arbres

Les lignes qui suivent seront publiées durant le Temps Pascal. Elles sont écrites le jour du Vendredi saint, au moment où nous faisons mémoire de la mort du Christ et où l’Église exprime, à travers le dépouillement des autels, l’expérience de l’absence du Seigneur. Avant sa Passion, Jésus avait célébré avec ses disciples un dernier repas, au cours duquel il s’était longuement entretenu avec eux de ce qu’ils avaient vécu ensemble et de la mission qu’il leur confiait. Il avait aussi longuement prié son Père pour eux et pour tous ceux qui recevraient, à travers eux, son message. Puis, il mourut, selon les trois Évangiles synoptiques, en poussant un grand cri. Le disciple Jean lui attribue à ce moment une paisible parole d’accomplissement : « Tout est achevé. » (Jean 19,30) Après quoi, un long silence et une absence.

LE TOMBEAU VIDE

Il y eut d’abord le matin du tombeau vide. Un tombeau vide qui ne prouvait rien, mais qui ouvrait l’espace de la foi et l’âge de l’espérance. L’âge de l’expérience personnelle de la rencontre, dans le silence, d’une absence qui se fait présence. L’Église primitive, celle des tout premiers jours, a vécu ce sentiment d’absence, bien reflété dans les paroles un peu découragées des pèlerins d’Emmaüs : « Nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël… voici le troisième jour. » (Luc 24, 21)

Un théologien jésuite espagnol, José-María Castillo, publiait récemment un ouvrage intitulé Déclin de la religion et avenir de l’Évangile (Declive de la Religión y futuro del Evangelio, Desclée de Brouwer). Il y souligne comment l’absence de Dieu, dans notre monde contemporain, se manifeste à travers le déclin des pratiques religieuses par lesquelles se transmettaient et s’exprimaient, dans le passé, les sentiments religieux. Le silence de Dieu sur les places publiques est assourdissant, mais il nous rejoint dans de nouvelles formes de présence au cœur de toutes nos activités humaines. C’est là une conséquence de l’Incarnation.

LE SEPTIÈME JOUR

Le septième jour de la création, selon le beau récit symbolique de la Genèse, Dieu s’est reposé, constatant que tout ce qu’il avait fait était bon. De nos jours, l’Église, comme le reste de la société, est entrée dans ce septième jour. Le temps n’est plus aux grandes manifestations de religiosité, parce que « tout est dit ». Tout a été dit sur la Croix de Jésus. C’est désormais le temps de la mise en œuvre, dans la vie de tous les jours, comme dans les relations entre les peuples, de la parole qui résume tout l’Évangile : aimez-vous les uns les autres. 

L’Église est née le matin de Pâques, lorsque Marie de Magdala et quelques autres disciples ont fait l’expérience du tombeau vide et sont allés témoigner de cette absence qui s’était transformée, pour eux, en présence. Comme dit Jean, en parlant de lui-même : « Il vit et il crut. » Ce qu’il croyait était tout autre que ce qu’il voyait. Il voyait un tombeau vide. Il faisait l’expérience, dans la foi, d’une présence dont l’évidence s’imposait à lui. 

À travers les diverses crises qu’elle connait, l’Église d’aujourd’hui fait de nouveau, chaque jour, l’expérience du tombeau vide, de l’absence du Christ. En même temps, à travers le témoignage de tant de ses filles et de ses fils qui donnent leur vie pour que d’autres puissent s’ouvrir à l’espérance, le Christ, toujours présent, continue de construire son Église et le monde, depuis les périphéries les plus lointaines autant que depuis son centre. Le Temps Pascal est le moment de s’ouvrir à la joie d’une présence qui se dévoile à travers les multiples formes d’une apparente absence, et à travers le silence dans lequel se répercute jusqu’à nous le cri jailli de la croix.

Armand VEILLEUX, Moine de l’abbaye de Scourmont (Chimay)

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