Le choix de Myriam

Le choix de Myriam

C’est une théologienne catholique reconnue, qui avait choisi il y a plusieurs années de devenir laïque dominicaine.

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Publié le

19 janvier 2026

· Mis à jour le

19 janvier 2026
Deux personnes de dos devant un paysage avec un soleil qui se couche

Elle est aussi conférencière, animatrice des sessions de formation, auteure  de plusieurs ouvrages, notamment sur la place de la femme dans l’Église catholique, et très active dans les médias. Au point d’avoir commenté, sur la RTBF, l’élection du dernier pape. Et voilà que cette femme remarquable annonce dans une interview, début janvier, avoir renoncé à l’Église de Rome et être devenue protestante.

Le coming-out de Myriam Tonus, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, pourrait paraître anecdotique. Un détail sans grande signification. Une histoire toute personnelle et individuelle. Un sujet pas destiné à susciter des réactions ou des commentaires. Bref, une question privée dont on se demande même pourquoi elle est devenue publique.

Mais ce n’est pas le cas : si le cheminent de Myriam Tonus l’a amenée, par un concours de circonstances (ou le souffle de l’Esprit ?), à découvrir le protestantisme et s’y trouver bien, ce n’est pas un simple fait divers qui ne concerne qu’elle. Pour L’appel, qui essaie de faire jaillir le sens dans le brouhaha de l’actualité, c’est bien plus que cela. Le parcours original de la théologienne est non seulement porteur de sens, mais il constitue un “signe” similaire à ceux que nous nousefforçons de mettre en exergue. Une rubrique du magazine n’est-elle pas elle-même intitulée “Signe”, et les petites brèves figurant au centre de la revue des “indices” ?

Les plus anciens collaborateurs de L’appel connaissent bien Myriam Tonus. Dans une des étapes de son parcours de vie, elle a été membre de notre rédaction, nourrissant le magazine d’articles remarquables et de rencontres de personnalités de grande valeur. Elle a aussi participé au bouclage de certains numéros. Puis, elle a perçu qu’elle devait hisser les voiles pour que sa barque la mène ailleurs. Alors qu’elle nourrissait par ses écrits la liberté de parole et de pensée que L’appel revendique, il nous avait ensuite semblé que son parcours s’était davantage rapproché du catholicisme institutionnel.

Ce que raconte la théologienne sur son cheminement vers le protestantisme infirme cette impression, même si Myriam n’en laissait rien paraître. Comme elle nous l’a confié (voir pp. 20-21), elle a bien, toute sa vie durant, lutté pour mettre sa foi en harmonie avec ses convictions, ses principes et ses combats.

Alors que l’institution catholique reste sclérosée, figée dans l’immuable verticalité de sa structure de pouvoir, alors que ne cesse de s’élargir le gouffre entre le vécu de nos contemporains et les liturgies ou discours de l’Église romaine, le long itinéraire de Myriam Tonus est plus que porteur de sens. Son choix constitue un nouveau signal d’alerte sur l’état de santé de celle qui se veut « une, sainte, catholique et apostolique» selon les termes du credo adopté au concile de Nicée, qui a eu lieu en 325, c’est-à-dire il y a 1700 ans. Une Église dont une bonne partie de la doctrine est davantage issue de la culture que des Écritures.

Bon nombre d’adultes d’aujourd’hui sont d’anciens catholiques sociologiques, qui n’imposent plus à leurs enfants ce qu’on leur avait hier obligé de croire. Ils restent toutefois tous en quête de sens et de spiritualité, mais souhaitent vivre cette quête à titre personnel, sans se mêler à une communauté. Myriam Tonus a, elle, fait le choix inverse. Car elle croit, comme son ami Maurice Bellet, « qu’on ne peut pas être seul devant Dieu ». À chacun sa route…

Frédéric ANTOINE, Rédacteur en chef du magazine L’appel

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