Line Adam: de la musique plein la tête

Line Adam: de la musique plein la tête

Line Adam est une artiste qui a bâti sa carrière musicale en pratiquant des ouvertures vers tous les styles et pratiques qui s’offraient à elle. Une musicienne comblée dont le talent est reconnu et apprécié dans les domaines du cinéma, du théâtre, de la chanson et même de l’opéra.

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Publié le

1 octobre 2023

· Mis à jour le

7 janvier 2026
Un disque avec la photo de Line Adam

En août dernier, la troupe des Baladins du Miroir a créé à la citadelle de Namur, avec succès, son nouveau spectacle, La porteuse de souffle. C’est le septième dont la Namuroise Line Adam a écrit la musique, se confrontant à autant d’univers différents. Le précédent soutenait, par exemple, un texte de García Lorca et, pour celui-ci, il s’agit de musiques de cirque et de fanfare des Balkans. « C’est toujours un défi pour moi parce que ce sont à chaque fois des contraintes nouvelles, se réjouit-elle. Il me faut écrire quelque chose de très accrocheur sur un thème, avec des personnes aux talents très divers qui, en plus d’être musiciens, sont aussi comédiens ou circassiens. Certains ne jouent que d’un instrument avec six notes, d’autres que dans un seul ton. C’est un chalenge musical très fort que j’aime relever. »

FLÛTISTE PRÉCOCE

L’aventure musicale de Line Adam commence très tôt. À quatre ans, elle assiste à un concert de Jean-Pierre Rampal accompagné d’un orchestre. « J’ai été transportée par cette musique et, au sortir de ce concert, je voulais absolument jouer de la flûte », se souvient-elle. Une idée fixe qui ne la lâche pas, jusqu’à ce que ses parents craquent et lui offrent l’instrument tant désiré. « C’était la vieille flûte d’un oncle. Quelques mois après, j’en jouais. J’ai fait mon premier concert à six ans. J’étais tellement mordue que je l’aimais comme un nounours. On m’avait fabriqué un petit lit superposé à trois étages, un pour chaque partie. Je l’y mettais “dormir” après lui avoir donné son bain. C’était vraiment un grand amour que j’ai éprouvé pour elle. »

À onze ans, la fillette entre au Conservatoire national supérieur. Très vite, cependant, elle éprouve un certain dégoût pour le milieu classique qu’elle ressent comme trop fermé. « J’avais besoin d’ouvrir mon univers vers plein de choses, je n’avais pas envie de rester enfermée. Peut-être parce que j’ai commencé à pratiquer la musique très tôt avec beaucoup de liberté. J’ai découvert le jazz et j’ai eu l’occasion de rencontrer Julos Beaucarne. » Quatre ans plus tard, elle accompagne l’auteur de La P’tite Gayole à l’Olympia. « C’était un univers fabuleux ! Des étoiles plein les yeux, j’ai su que c’était ma voie. J’ai tout arrêté et, avec Julos, on a fait cette année-là cent quatre-vingts concerts. »

CAP SUR L’ORGUE

Pourtant, un seul instrument, ce n’est pas assez pour cette musicienne surdouée. La flûte est limitée et mélodique, elle se joue note après note. Line se découvre alors une passion pour l’orgue. « Ce qui m’impressionnait chez lui, c’était le côté instrument-orchestre. Il m’a ouvert à la composition. Contrairement au piano, quand on enfonce une note, le son tient. On peut en jouer une et en ajouter d’autres tout autour, et ainsi jouer avec les harmonies. » Du clavier de l’orgue, elle passe tout naturellement au piano qu’elle apprend sur le tas. Elle se met aussi à chanter. « Toujours comme choriste, je ne me vois vraiment pas soliste. »

La pratique de la guitare basse et de l’accordéon fait de cette musicienne hors-norme une “femme orchestre”. Avec tout ce bagage, elle accompagne des chanteurs sur scène. « Il s’agit vraiment d’accompagner quelqu’un, commente-t-elle. De faire en sorte d’assurer, de prévoir tout ce qui va arriver et de le rattraper s’il le faut. Quand je joue avec un chanteur, je le suis des yeux, j’essaie d’être dans sa respiration, je le porte. J’assure une présence dans l’ombre, je ne suis pas dans la lumière. Jofroi, que j’accompagne beaucoup, me présente souvent comme sa “compagne”. » Et d’ajouter dans un grand rire : « Même si ça peut prêter à confusion, c’est un beau mot. » 

À LA MANIÈRE DE

Si l’artiste de cinquante ans aime ce côté musicienne de l’ombre, l’envie la titille aussi de créer ses propres compositions et de développer un univers personnel. Coup de chance : au début des années 2000, découvrant ses musiques, et les appréciant, un éditeur parisien lui commande un album de musiques de fanfare dont les morceaux devaient être composés “à la manière de”. Elle relève le défi, même si écrire pour des fanfares n’est pas la première chose à laquelle elle aurait pensé. Les morceaux rencontrent un franc succès. D’autres commandes suivent tout naturellement avec, à chaque fois, un thème différent : l’eau, paysage pour cordes, etc. « Le rôle de cet éditeur est de placer les musiques pour illustrer des documentaires, des reportages. C’est ce qu’on appelle dans le métier “des musiques de librairie” parmi lesquelles les réalisateurs peuvent trouver les illustrations musicales dont ils ont besoin. J’illustre des images qui n’existent pas encore. D’ailleurs, quand je compose pour ce type de musiques, j’ai plein d’images en tête. Et je me donne des titres pour m’aider à créer ces images musicales, même si, après, l’éditeur en choisit d’autres. »

L’orchestre philharmonique de Liège l’a également invitée à créer un opéra. « L’opéra, c’est illustrer une histoire, c’est un art complet. J’aime le chant lyrique, la musique classique, la scène, et il regroupe tout cela, avec un côté extravagant, toujours dans les extrêmes. On ne sait pas y dire “je t’aime” à quelqu’un sans que ce soit avec des larmes et des éclairs qui tombent du ciel. » Et, parallèlement, elle compose des musiques plus personnelles. Ainsi est né le projet Femmes. « Il s’agit de mon cheminement en tant que femme, en tant que mère, en tant que fille, en tant qu’amoureuse. Une sorte de thérapie personnelle. J’avais envie d’exprimer des choses tristes, des choses gaies, mette les points sur “i” dans certains domaines, liquider mes vieilles casseroles. Et comme mon langage est la musique, je le fais en musique. »

Alors, Line Adam, une musicienne éclectique ? « Cette étiquette m’a dérangée pendant longtemps. On m’a reproché dans le milieu classique de faire de la chanson française. Pour la musique du monde, j’étais trop classique. Ces catégories m’ont coincée, c’est vrai. Aujourd’hui, j’assume pleinement le côté éclectique. Il m’a permis de m’enrichir. Je me rends compte que j’ai un style personnel, et c’est grâce à toutes ces ouvertures que je compose ma propre musique. Sans oublier les multiples rencontres humaines qui m’ont ouvert à des mondes que je ne soupçonnais même pas. »

Christian MERVEILLE

Infos : www.lineadam.com/

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