Valère Burnon, tout le plaisir de la musique

Valère Burnon, tout le plaisir de la musique

Les amateurs du Concours Reine Élisabeth, dédié en 2025 au piano, se souviennent du magnifique parcours et des prestations éblouissantes du Belge Valère Burnon. Un artiste pour qui la musique est un langage en soi, un dialogue entre celui qui la joue et celui qui l’écoute.

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Publié le

20 janvier 2026

· Mis à jour le

20 janvier 2026
Le musicien Valere Burnon en train de jouer

C’est à la Chapelle Musicale, située aux abords de Bruxelles, à l’orée de la forêt de Soignes, que le rendez-vous avec Valère Burnon a été fixé. Il est un habitué des lieux qu’il fréquente depuis quelques années déjà. « Musicalement, je m’y sens un peu chez moi, confie-t-il. C’est ma quatrième année à la Chapelle, un lieu qui m’a beaucoup apporté grâce à mes maîtres en résidence, Frank Braley et Avo Kouyoumdjian. Je me rends compte combien j’ai pu grandir en tant que musicien. D’autant plus que je suis venu pour pouvoir participer au concours Reine Élisabeth. Il y a ici un niveau de perspective et d’excellence qui est vraiment plus important qu’ailleurs. On attend de nous d’être encore plus à un niveau supérieur et qu’on se remette constamment en question. Je suis persuadé que c’est ainsi qu’artistiquement on grandit, quand on a à cœur de travailler chaque recoin, chaque petit détail du programme. J’ai pu aussi améliorer la manière dont j’aborde le piano, dont je le fais sonner. Sans doute y a-t-il d’autres endroits dans le monde qui le permet, mais c’est ici que j’ai pu vivre tout cela, avec la chance, en plus, d’être dans un cadre tellement agréable au cœur de la nature. Je m’y sens presque à la maison. »

APPRENDRE LA MUSIQUE

Cette maison dont parle Valère Burnon se situe à Marche-en-Famenne où il est né en 1998 et où il a grandi et effectué ses premiers pas de musicien. Une succession d’occasions lui a permis de découvrir la musique : la pratique de deux instruments, le violon et le piano, la rencontre avec des professeurs qui ont pu l’aiguiller en repérant son extraordinaire potentiel musical, des opportunités pour se former dans des lieux différents et prestigieux. « Je suis né dans une famille où personne n’était musicien, commente-t-il. Comme, tout petit, je n’arrêtais pas de chanter, mes parents se sont dit que ce serait bien de me donner des cours de musique. C’est moi qui ai émis le souhait de choisir le violon, que j’ai commencé à pratiquer après le solfège. À la maison, il y avait aussi un synthétiseur où je reproduisais d’oreille toutes les mélodies que j’entendais. J’ai alors suivi des cours privés de piano, ce qui m’a permis d’évoluer plus rapidement parce que j’étais plus libre. Le professeur Émilie Chenoy, avec qui j’ai commencé à Marche, m’a mis en relation avec son ancienne professeure, Marie-Paule Cornia, qui enseignait au Conservatoire Royal de Liège. Pendant dix ans, j’ai évolué très vite avec elle. Ensuite, je suis allé suivre mon master à Cologne. Et, après Imola, en Italie, je suis arrivé à la Chapelle en 2023. »

Rencontrer des “maîtres” est important dans la carrière d’un musicien comme Valère Burnon. Aimant les citer pour leur rendre hommage, il apprécie le terme employé par la Chapelle Musicale pour les nommer. « Pour ne pas utiliser “étudiants” et “professeurs”, on parle d’“artistes” et de “maîtres en résidence”. Franck Braley dit souvent que cette relation est un dialogue entre artistes expérimentés et d’autres qui le sont moins. Il s’agit donc plutôt d’une collaboration, une façon de faire réfléchir l’artiste par lui-même. De faire éclore ce qu’il est. On a chacun une manière particulière de lire, d’entendre et de comprendre la musique. Il ne faut cependant par se limiter à ce qu’on croit vrai, il faut pouvoir se mettre en question, aborder de nouvelles pistes, une nouvelle manière de jouer la musique. Confronter les avis aussi. »

PARTICIPER À DES CONCOURS

Si les maîtres sont importants, la participation aux concours l’est tout autant. Depuis 2013, Valère Burnon s’y est distingué à de nombreuses reprises. Pour lui, c’est un moyen d’aller plus loin dans la rigueur de haut niveau de perfection qu’exige la pratique de la musique. « Les concours ont plusieurs objectifs. Celui qu’on voit en premier est gagner un prix, ce qui permet d’avoir la possibilité de jouer plus souvent en concert et ainsi se faire connaître. Au-delà, ce sont des challenges permettant de se dépasser. Le niveau d’exigence demandé par un concours est de pouvoir travailler d’une autre manière, en amont de cette épreuve. On ne peut pas laisser la moindre place au doute et on se doit d’être parfaitement prêt. C’est un très bon entraînement pour la potentielle carrière d’artiste. Finalement, le concours ne s’arrête jamais parce qu’on se doit d’être toujours au maximum de ses capacités, comme un sportif de haut niveau qui doit sans cesse performer au meilleur de lui-même. »

« Quand je joue, j’essaie à chaque fois de raconter une histoire »

Si les concours sont utiles, ils ne sont pas une fin en soi.« Pendant tout un temps, je voyais le Reine Élisabeth comme un objectif “ultime”. Avec le temps, j’ai appris à comprendre qu’il s’agit juste d’un tremplin, un moyen plutôt qu’une fin. Maintenant que je suis dans l’après-concours, je suis ravi de le constater. »

SAVOURER LES CONCERTS

Grâce à ce concours réputé internationalement, où il s’est classé troisième et, surtout, a obtenu le prix du public « tant francophone que néerlandophone », précise-t-il dans un grand sourire, il a le bonheur de donner un peu partout des concerts devant des salles combles. Des concerts où il peut vivre pleinement la musique et ce rapport qu’elle tisse entre celui qui la joue et la vit et celui qui l’écoute et la découvre. « La musique est une partition, juste de l’encre et du papier. Puis c’est ce qu’on en fait. Quand on la vit, on doit avoir en tête tout un scénario implicite que l’on tente de communiquer. J’ai toujours voulu noter sur mes partitions énormément de choses, de concepts, d’images et d’émotions. Quand je joue, j’essaie à chaque fois de raconter une histoire, mais aussi de retranscrire l’esprit du compositeur par le prisme de ma vision et de ma personnalité. Tout en évitant que ma personnalité prenne trop de place car, sinon, le public n’est plus embarqué par la musique, mais par ma personnalité. Il faut s’effacer, mais pas trop. C’est une sorte de balance à trouver. »

Le public tient une grande place dans le cœur de ce musicien si généreux sur scène. « Quand il est attentif, on ressent cette écoute. C’est un moment particulier où l’on se dit que tout va bien, qu’on peut tout faire. Sans pouvoir toujours expliquer tout ce qui se passe. Il y a des choses qui se vivent sur le moment. » Pour lui, la meilleure manière de jouer la musique « c’est prendre du plaisir soi-même, c’est apprécier le fait d’être sur scène et d’avoir la chance de jouer pour soi et pour temps de gens. Cela ne doit surtout pas paraître difficile, sinon on n’est pas ému. Mais quand c’est perçu comme une facilité, chacun est attentif à la musique. On en perçoit alors toute sa beauté ».

Christian MERVEILLE

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