Walid Ben Selim : entre musique et poésie
Walid Ben Selim : entre musique et poésie
Le moteur de cet artiste franco-marocain ? Faire ce qu’il aime et enchanter le monde à travers ses créations. Poète, musicien et compositeur, il s’inspire de la poésie pour composer sa musique, qui est aussi le fruit d’une recherche spirituelle et artistique.
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Le moteur de cet artiste franco-marocain ? Faire ce qu’il aime et enchanter le monde à travers ses créations. Poète, musicien et compositeur, il s’inspire de la poésie pour composer sa musique, qui est aussi le fruit d’une recherche spirituelle et artistique.
Né dans l’ancienne médina de Casablanca, entre le tumulte du port commercial et les parfums salés du marché aux poissons, Walid Ben Selim a grandi dans un environnement marqué par les contrastes. Cette ambiance urbaine et culturelle a imprégné sa sensibilité artistique. Il se souvient de cette période comme d’un terreau fertile pour ses premières inspirations musicales et poétiques. Élevé par sa mère, une avocate engagée dans les causes sociales et militante de gauche, il découvre très jeune la puissance des mots et des convictions. Elle lui transmet le goût de la liberté, de la justice et de l’art comme moyen d’expression. C’est elle qui l’inscrit à l’âge de 6 ans au conservatoire de Casablanca, un lieu qui deviendra pour lui un refuge et une école de vie.
QUÊTE SPIRITUELLE
Adolescent dans un Maroc en pleine mutation, Walid Ben Selim se lie au mouvement Nayda, cette effervescence culturelle des années 2000 réunissant musiciens, poètes et artistes autour d’une même volonté : exprimer une jeunesse en quête de renouveau. Ce mouvement nourrit son envie de création et d’engagement. Pourtant, en 2002, il quitte le Maroc pour rejoindre la France. Ce départ marque une rupture, mais aussi le début d’une nouvelle étape dans son aventure artistique et spirituelle. « Mon rapport à la spiritualité se définit comme une quête qui me fait grandir et me pousse à poser des questions sur ce qui nous dépasse et qu’on ne comprend pas encore. Ces choses insondables se trouvent dans notre cœur et dans nos âmes. Je préfère définir la spiritualité comme une quête plutôt que comme un dogme », confie-t-il.
Les poètes qui l’ont le plus inspiré sont Hallaj (IXe siècle), au style à la fois accessible et complexe, le Palestinien Mahmoud Darwich, qu’il considère comme le plus grand poète du siècle, et Mazek Malaika, une poétesse irakienne. « Leur fil conducteur est une philosophie poétique qui parle d’amour transcendantal, unissant toutes les pensées. Je me plonge dans leurs œuvres pour nourrir mon art et ma réflexion. » En 2010, un tournant décisif a lieu lorsqu’il est invité par le Gowri Art Institute au Kerala, en Inde, pour une résidence artistique. C’est à cette époque qu’il redécouvre la poésie arabe classique, notamment à travers les textes d’Abu Al Alaa Al Maari et d’El Hallaj. Cette expérience l’a reconnecté à ses racines et a renforcé sa volonté de mêler poésie et musique.
AMOUR UNIVERSEL
De retour en France, il fonde N3rdistan, un projet musical audacieux qui fusionne électro, rock et sonorités traditionnelles avec des textes poétiques. En 2015, le groupe est révélé au festival Printemps de Bourges et au Visa For Music, devenant rapidement une référence sur la scène internationale. Avec plus de deux cents concerts à son actif, Walid Ben Selim a parcouru les plus grandes scènes du monde : Jazz sous les pommiers en France, Oslo World Festival en Norvège, Timitar au Maroc, Liverpool World Festival en Angleterre, ou encore le Festival arabe de Montréal au Canada. Chaque prestation s’affirme comme une expérience immersive, un dialogue entre musiciens et public, où mots et mélodies se croisent. « Si je devais donner un sens à mon art, ce serait l’enchantement. Mais aussi « donner à espérer », comme le dirait Romain Gary. Je veux faire du bien autour de moi par le don que l’on m’a donné. » Cette vision se traduit par des projets variés, tel son album Ici et maintenant, inspiré de la philosophie soufie. « Les messages de ma musique parlent d’amour universel et de ce qui nous pousse à faire ce qui nous plaît. »
Walid Ben Selim aime aussi mêler différents arts pour mieux faire passer ses messages. « Autrefois, on trouvait des poèmes symphoniques ou des peintures inspirées par la musique. C’était notamment le cas de Léonard de Vinci. Je tente aujourd’hui de suivre ces traces. » En parallèle de sa carrière musicale, il s’est investi dans le cinéma. En 2018, il a signé la musique du long métrage marocain Une urgence ordinaire de Mohcine Besri. Il a collaboré avec Netflix pour le film Sidi Valentin, de Hicham Laasri, avant de composer en 2022, pour Haych Maych, une fresque cinématographique qui explore les paradoxes de la société marocaine contemporaine. Il a également travaillé sur des projets scéniques originaux. Sollicité par le Festival Arabesques, il a créé une pièce musicale autour de l’œuvre de Mahmoud Darwich, Le Lanceur de dés. En 2021, il a signé la musique de l’opéra Ali, présenté à la Monnaie, en Belgique. Une expérience marquante pour lui. « La Belgique est un pays que j’apprécie beaucoup, et qui accueille ma poésie depuis le début », confie-t-il.
VOYAGE INTÉRIEUR
À 39 ans, l’artiste continue de repousser les limites de son art. En octobre 2022, il a été invité par la Miami Symphony Orchestra pour ouvrir l’Oslo World Human Rights. Chaque projet est pour lui une exploration, un voyage intérieur qui s’adresse autant au cœur qu’à l’esprit. « Je veux que mon travail soit une invitation à réfléchir, à rêver, mais surtout à ne jamais cesser de chercher », dit-il. Avec son regard tourné vers l’avenir et ses racines profondément ancrées dans la culture arabe, Walid Ben Selim incarne une génération d’artistes pour qui la création est une manière d’habiter le monde.
Durant la pandémie, il s’est retiré dans un château cathare des Pyrénées-Orientales, transformé en laboratoire sonore. Il y a invité poètes, musiciens et acteurs pour créer des Espaces Poétiques, des résidences où la création collective s’est muée en forme de résistance à l’isolement. Aujourd’hui, lorsqu’il n’est pas en déplacement, c’est là qu’il se réfugie, pour créer et récupérer. « Mes rêves sont de continuer dans la voie des maîtres qui m’ont précédé et de me placer à leurs côtés, afin que tout le monde puisse trouver cette voie-là. » Chaque projet est une pierre de plus dans l’édifice de son art, avec la poésie comme guide et la spiritualité comme horizon.
Quant à sa philosophie de vie – à la fois très simple et très sensée – elle pourrait se résumer comme ceci : la cohérence entre ce que l’on est et ce que l’on fait. « Je fais exactement ce que j’aime. Il ne faut jamais hésiter à suivre cette voie, car la vie est courte. Faire l’inverse serait une folie. Et mon rôle est avant tout de le rappeler. » Walid Ben Selim aspire à transmettre cette quête de sens aux générations futures à travers ses créations, qui mènent à des réflexions profondes…
Virginie STASSEN