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Edito

Comme une nuit de Vendredi Saint

Ils étaient partis un peu tristes, sans doute, de quitter leurs parents. Mais heureux de se lancer dans l’aventure des « classes de neige » avec leurs professeurs et leurs copains. Le 13 mars, c’est un peu mélancoliques aussi qu’ils avaient laissé derrière eux la station de Saint-Luc, dans le Val d’Anniviers, tout en se réjouissant de revoir très prochainement leur famille.
Vingt-deux d’entre eux, ainsi que six adultes, ne la reverront jamais…

Un nouveau drame s’est abattu sur la Belgique. Le 14 mars au matin, le pays s’est retrouvé comme hébété face à la pire chose qui puisse arriver. Comme l’a immédiatement déclaré Elio di Rupo : « Quand on perd un enfant, il n’y a pas de mot ».

Il n’y a pas de mot pour se mettre à la place des parents, des frères et des sœurs, et de tous les proches touchés. Il n’y a pas de mot lorsqu’une vie en devenir s’arrête d’un coup, en pleine joie, sans qu’il soit possible de savoir le pourquoi et le comment. Et sans être sûr que c’était vraiment, uniquement, un « coup du destin ».

Quand le drame s’abat, tout devient noir. Pour ceux que l’horreur touche directement, comme pour ceux qui se mettent à la place des parents et des enfants. Car cela aurait pu arriver à n’importe qui, et foudroyer n’importe quelle famille.

Tout devient noir. Comme une nuit de Vendredi Saint. Lorsque la mort s’impose alors que l’on veut tellement croire à la vie. Un autocar qui se fracasse contre le béton d’un tunnel. Un cri que ne peut retenir un crucifié. Le voile d’un temple qui se déchire.

Cette année, en Belgique, il sera inutile de représenter la Passion, de l’évoquer, de la monter en spectacle. Elle sera cette fois vécue dans les chairs. Elle résonne déjà dans les cœurs de tous ceux que le drame des enfants de Lommel et Heverlee a bouleversé. Et elle perdurera au-delà trois jours…

À l’occasion de Pâques, j’aurais tant aimé être positif. Pouvoir écrire une nouvelle fois que la résurrection, c’est la lumière au bout du tunnel. Mais peut-on avoir l’indécence de n’offrir que cette formule en réconfort à toutes ces familles qui souffrent ? Leur dire avec condescendance qu’il faut avoir la foi, et que dès lors la mort n’est qu’un passage. N’est-ce pas ce qu’affirme Pâques ? Mais n’est-ce pas trop simple ? Beaucoup trop simple ?

Pour une fois, permettez-moi donc d’arrêter cet éditorial pascal au soir du vendredi saint. Dans le deuil, les cris de douleur et les larmes. Au terme d’une vraie semaine de la passion.

En espérant qu’un jour, la clarté puisse percer les ténèbres pour tous ceux que le destin a si injustement touché. En souhaitant que ce soit dans les autres, leurs proches, leurs semblables, leurs compatissants d’aujourd’hui, qu’ils puissent, quand ce sera possible, percevoir ce petit peu de chaleur qui doit tant leur manquer.

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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