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Edito

Scandaleusement pauvre.

2 484 136 euros. Voilà à combien s’élevait, en 2012, le salaire annuel de celui qui, mi-novembre, était toujours le patron de l’entreprise publique Belgacom. Un montant 1 500 fois plus élevé que le salaire minimum
garanti en Belgique. Un salaire au moins dix fois plus élevé que celui d’Elio
di Rupo et plus du double de celui du patron de BPost. Ce dernier, qui ne gagne « qu’un peu plus d’un million d’euros » par an se disait il y a quelques semaines prêt à faire un effort pour réduire ses rémunérations. Mais tout de même pas jusqu’à gagner aussi peu qu’un Premier ministre…
Récemment, l’ex-roi Albert II n’a pas hésité à regretter que les 923.000 € brut dont il bénéficiait désormais annuellement étaient totalement insuffisants pour satisfaire le paiement de toutes ses menues dépenses, alors que son fils en recevait dix fois plus…
Dernièrement aussi, certains hommes politiques quittant leurs fonctions pour le monde des affaires auraient bien empoché au passage leurs plantureuses primes de départ si les règles n’avaient été modifiées en urgence pour éviter le scandale.
Ces comportements laissent sans voix. Ou ne permettent qu’une réaction : crier à l’injustice envers tous ceux qui travaillent dur pour gagner peu ou ceux qui, à la recherche d’un emploi ou pensionnés, reçoivent moins encore.
Dans les secteurs public et parapublic, les immenses écarts de revenus sont devenus inacceptables. Au nom de l’équité sociale, chacun espère que les personnes concernées finiront par reconnaître l’indécence de leurs rémunérations et de leurs parachutes dorés, ou le caractère déplacé de leurs revendications financières.
Mais, au même moment, qui reprochera à Kim Clijsters d’avoir gagné quatre fois plus que Didier Bellens, à Vincent Kompany de se faire payer trois à quatre fois plus que lui, ou à Benoît Poelvoorde d’engranger autant d’argent que le patron de la poste ? À ces dieux-là, tout devrait être pardonné. Comme si les porteurs de rêves étaient dispensés des règles et des comportements éthiques que l’on attend du monde des affaires et du personnel politique.
Il y a un peu plus de 2000 ans, quelqu’un a mis tout le monde d’accord. En naissant dans une mangeoire, de parents presque sans le sou, n’ayant pas les moyens de lui payer une place au chaud pour venir au jour.
Celui qui deviendra porteur de tous les espoirs de l’univers est apparu dans le dénuement le plus complet. Avec un âne et un boeuf comme seuls parachutes dorés.
Aujourd’hui, certains hommes et femmes d’affaires, d’État ou de spectacle sont scandaleusement riches. Jésus était, lui, scandaleusement pauvre. C’est cette différence qui lui permet chaque année d’être porteur du message de Noël : celui de l’espoir.

Frédéric ANTOINE

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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