Eddy Caekelberghs ouvre Le fin mot

Eddy Caekelberghs ouvre Le fin mot

Homme de radio entré à la RTBF en 1989, à l’âge de 27 ans, Eddy Caekelberghs est passionné par l’information. La nouvelle grille horaire de La Première le conforte dans son approche journalistique : approfondir un sujet en dehors des contraintes de l’immédiateté.

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Publié le

1 octobre 2023

· Mis à jour le

7 janvier 2026
Photo de Eddy Caekelberghs devant un fond blanc
AFFRONTER LA COMPLEXITÉ. Avec sa nouvelle émission, le journaliste poursuit son approche en profondeur de l’actualité.

Parmi les petits chamboulements de la rentrée radio, la tranche d’infos du soir de La Première a été légèrement remaniée en septembre dernier. S’il reste bien seul maître à bord, Eddy Caekelberghs anime désormais Le fin Mot, qui prend le relais d’Au Bout du Jour. Ce nouveau rendez-vous est aussi avancé à 18h35, juste avant le journal parlé de 19 heures, et non plus à se suite. Le titre de cette nouvelle émission est un petit clin d’œil à la clôture de la tranche info, puisqu’après le JP, le duo Hughes Dayez-Rudy Leonet passe en quotidien avec leur émission iconoclaste La Semaine des 5 Heures. « Mais le titre est aussi une manière de dire qu’avoir le fin mot, c’est tenter d’avoir le mot le plus subtil. C’est une invitation à découvrir l’info sans être derrière le buzz et la rapidité, ou avoir le nez tellement sur l’évènement que tout recul est impossible. Mon intention est de redonner le contexte, la perspective historique, le décodage plus fin. Je ne prétends pas pour autant avoir le dernier mot ni être exhaustif », précise ce diplômé en sciences politiques et relations internationales.

CELLULE EUROPE

En 1989, Eddy Caekelberghs débute à l’info régionale dans Ce Soir, depuis Charleroi. Il collabore aussi à Business News, avant de devenir une des chevilles ouvrières d’Euro 3, un programme mensuel télé transfrontalier regroupant FR3, TV5 Kent, la WDR de Cologne et la RTBF. « D’emblée, j’ai trouvé un espace où mes passions pouvaient s’accomplir, raconte celui qui est également titulaire d’un master en études européennes. Ensuite, j’ai eu la chance de venir au journal parlé dans Info 12h30, puis Midi Première. Avec mon confrère Roberto Denis, nous avons créé la Cellule Europe. Rendez-vous compte, nous sommes en 1992-1993 ! À cette époque, l’actualité européenne institutionnelle était traitée comme de l’actualité étrangère. On n’avait pas encore anticipé le rôle majeur et supranational qu’allait prendre l’Europe. C’était le temps de Jacques Delors, de la construction de l’intégration européenne et du grand marché qui allait conduire à l’Euro comme monnaie unique. »

Dans ce parcours très diversifié, vient ensuite Face à l’Info, pendant une vingtaine d’années. La formule met en présence plusieurs invités autour d’une même thématique. « Dans ce format, on devient vite l’arbitre. Et si vous avez une personnalité forte parmi vos invités, cela peut parfois devenir un ring. Ce genre ne contribue pas toujours à la clarté des opinions. » Une première rupture intervient avec Au Bout du Jour : fini le modèle du talk-show, place au face-à-face avec un seul invité. Aujourd’hui, Le fin Mot s’inscrit dans une veine identique, même si l’horaire est un peu décalé et s’il ne reste que la partie interview. Et bien que plus court, le programme devient quotidien. Quant aux reportages, ils viendront s’intercaler les vendredis, avec des focus en alternance sur le Proche-Orient (avec Wilson Fache) et sur l’Afrique (avec Ghizlane Kounda). 

SORTIR DU BINAIRE

Eddy Caekelberghs reste ainsi à la barre d’une émission de haute tenue, fort de cette volonté de partager et transmettre. « Je donne un contexte général dans lequel j’essaie que les auditeurs puissent inscrire les petits clous que les journaux diffusent en petites séquences de quarante secondes ou une minute. On ne manque pas de sujets, mais je tente d’élargir le spectre et le compas de ce que font mes confrères. Mon approche vise aussi la recherche de la diversité, pour trouver des interlocuteurs qui sortent du carnet d’adresses habituel et classique. C’est ainsi que l’on s’ouvre à divers points de vue et que l’on sort des réseaux sociaux binaires, de leur dualité : bon/mauvais, j’aime/j’aime pas, noir/blanc. J’aime soulever certaines ambiguïtés des positionnements des uns et des autres. La complexité ne me fait pas peur. C’est un défi de rester dans l’ordre de la complexité pédagogique, d’essayer – avec l’invité – d’expliquer les concepts et de les éclairer. S’il y a des préalables lourds qui nécessitent une certaine remise à niveau, alors je fais une première émission qui redonne le background. Je reste cependant attentif pour embarquer le plus grand nombre d’auditeurs avec moi afin de ne pas faire une émission élitiste. »

Dans ses bagages de baroudeur de l’info, le journaliste trimbale aussi une connaissance de six langues : français, néerlandais, italien, espagnol, allemand et anglais. Un atout considérable pour nourrir cette curiosité pour toutes les régions du monde, et qui rappelle aussi ses premières heures dans l’info européenne. Et le wallon là-dedans ? « Ma défunte grand-mère paternelle a bien essayé de m’apprendre son dialecte, le picard. Elle m’en veut, elle qui était montoise. Mais je n’y suis jamais arrivé. »

LE POINT D’ARRIVÉE

« Je crois beaucoup à la vertu du son et à celle du reportage, insiste-t-il. J’aime faire démarrer les émissions par quelques archives sonores, durant une minute ou une minute trente, afin que celles et ceux qui écoutent puissent s’y raccrocher rapidement et faire le point autour du sujet concerné. »Dans sa démarche, la seule contrainte que le journaliste se fixe est le point d’arrivée. « Je suis maitre du temps, du rythme et des points de départ et d’arrivée de l’émission. J’aime savoir vers quel aboutissement je vais. Je privilégie l’invité ou le propos sur l’agenda. Et toujours, j’ai cette volonté de laisser mon invité terminer sa phrase. » Clin d’œil à cette fameuse tendance à la rapidité et à l’immédiateté, une course à l’info qui met parfois de côté l’exigence de vérification des faits. « Avec la pression horaire, je vois que tout ce qui faisait droit à la vérification des faits devient difficile. J’ai la chance de pouvoir bénéficier d’un genre d’émission qui échappe à cette pression. Car, comme l’écrivait le journaliste télé français Albert du Roy en 1992 dans Le Serment de Théophraste, mieux vaut ne pas publier une info si on n’en est pas sûr, plutôt que de se prendre les pieds dans le tapis. » 

Stephan GRAWEZ

Le fin Mot, du lundi au vendredi à 18h35, RTBF radio, La Première

Eddy Caekelberghs anime aussi Majuscules (Actualités littéraires, BD, théâtre…), le dimanche sur La Première de 15 à 16 h.

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