Vous êtes ici: Accueil / N°412

Edito

LE TEMPS DE L’AVANT.

Sur la page web du magasin en ligne, cette paire de chaussures de randonnée était irrésistible. Avec un prix défiant toute concurrence, et la promesse d’une livraison dans les vingt-quatre heures. Il n’a donc pas su résister. Il a juste appuyé sur l’onglet « commander », et l’achat a été conclu. Deux secondes plus tard, le vendeur l’informait que, grâce à un système de tracking, il pourrait heure par heure suivre l’acheminement de son achat jusqu’à sa demeure.

Elle, c’est face à cet avis posté sur facebook qu’elle n’a pu se retenir de réagir. Un clic, et elle a dit « J’aime ». Puis, elle y est allée de son petit commentaire, direct et un peu impulsif.

Quant à cette chaîne de télévision, elle a demandé à ses spectateurs de voter, via une application dédiée, afin de choisir le vainqueur de l’émission de la soirée ou de répondre à une question sur la politique intérieure du pays. Résultat immédiat, affiché en direct à l’antenne.

Tout et tout de suite. Le XXIe siècle est celui de l’immédiateté
impérieuse, voire dictatoriale. Impossible d’attendre une réponse à un mail plus que quelques minutes, ou la réception d’une commande plus que quelques heures. Les commerces, en ligne 24h/24, sont toujours ouverts, et on voudrait que toute l’humanité soit disponible de la même façon. Le temps n’a plus de durée.

Dans pareil monde, qui pourrait encore se résoudre à « attendre Noël » ? Il suffit de regarder autour de soi : Noël est déjà là depuis des semaines. Dans les médias, les commerces et les cités. D’année en année, il se fête de plus en plus tôt, et de plus en plus longtemps.

Pourtant, même si on est déjà dans l’atmosphère de Noël, on sait au fond de soi que ce « vrai » moment-là ne durera qu’un jour, et que tout ce qui le précède n’aura fait que le préparer. Même dans ce siècle où prime l’instant, le temps d’avant-Noël reste celui d’une expectative, d’une préparation.
C’est la période où l’on se met dans l’esprit de Noël, pour être prêt, le moment venu.

Les récentes déferlantes de « calendriers de l’Avent » en tout genre n’en sont-elles pas la preuve ? Jadis, chacune de ces petites portes que l’on ouvrait avec curiosité, et qui égrenait les jours avant Noël, ne révélait souvent qu’une image. Et, au mieux, donnait accès à une friandise miniature.
Désormais, telles de véritables boîtes à trésors, ces calendriers recèlent de plus en plus d’objets, de mini-présents que l’on doit se plaire à ouvrir chacun à son tour, en famille, en couple ou entre amis. Car un calendrier de l’Avent est un générateur de moments de chaleur et de plaisir, et il n’est pas destiné à être accaparé par un seul individu. Il rappelle avant l’heure que Noël est un moment de partage, un jour où l’on s’offre quelque chose les uns aux autres.

Ne boudons donc pas le rituel du calendrier de l’Avent, même s’il ne ressemble plus à ceux des temps anciens. Au-delà de l’ambiance de Noël qu’il contribue à entretenir, il remet au goût du jour l’idée que l’attente est parfois aussi importante que le moment même. Et que, lorsque cela en vaut la peine, il est urgent de réapprendre à prendre du temps avec le temps…

Frédéric ANTOINE

Rédacteur en chef

Mot(s)-clé(s) : L’édito
Partager cet article
Vous êtes ici: Accueil / N°412