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Edito

Un si long Noël

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« Maman, on peut commencer à attendre Noël ? » Tournant en rond dans le salon, les jeunes enfants interpellent leur mère.
« Non, il faut encore patienter encore un peu avant d’attendre », leur répond-elle, occupée sur son ordinateur. Déception des bambins qui, quelques minutes plus tard, improvisent une manif dans la maison, défilant en criant : « On veut attendre Noël ! On veut attendre Noël ! »

Cette pub tv, créée en 2016, a refait surface cette année sur les petits écrans. Même si son but est de promouvoir des calendriers de l’Avent pleins de petits chocolats, elle rend visible une tendance de plus en en plus marquée : l’envie que Noël arrive de plus en plus tôt et dure de plus en plus longtemps. Car nous avons remplacé l’attente de Noël par l’élongation de la durée de l’événement.

Faisant coïncider la période de l’avant et le « jour de Noël », nous ne nous satisfaisons plus de prolonger la fête, ce que permettait de longue date l’arrivée de l’an neuf. Désormais, nous l’anticipons. Et ce non seulement au cours des « classiques » quarante jours de l’Avent, jusqu’ici considérés comme des moments de préparation, de montée en puissance vers l’événement, raison pour laquelle avaient été créés les premiers marchés de Noël germaniques. Non, maintenant c’est le jour de Noël lui-même que l’on célèbre tout au long de cette période d’avant, et qui dépasse même le moment de l’Avent lui- même. Comme si c’était Noël tous les jours pendant des semaines. Comme si Noël ne cessait de durer.

Sur les chaînes de télévision, les films et téléfilms de Noël débarquent début novembre. Quelques jours auparavant, les rayons spécialisés des magasins se sont déjà parés des décorations de circonstance. Non pour qu’on les acquière pour les sortir plus tard, juste avant Noël, mais pour que celles-ci ornent les foyers au plus tôt. Les producteurs ardennais de sapins en savent quelque chose : chaque année, il leur faut couper davantage leurs arbres en avance, pour qu’ils puissent décorer les demeures avant le premier décembre.

Un mois pour vivre Noël : c’est de cela que rêvent la plupart des familles. Saint Nicolas n’aura qu’à faire avec, ainsi que la période des examens. Tant pis pour l’impression que, pour être pleinement appréciée, une fête ne peut s’étendre dans le temps, mais doit se concentrer sur un court moment. Être, comme un feu d’artifice, une explosion de tous les espoirs bâtis auparavant.

Pourquoi donc avons-nous tant besoin d’un si long Noël ? Parce que la banalité et les tracas du quotidien deviennent si insupportables qu’il nous faut leur trouver un remède aussi permanent que possible ? Parce que l’air du temps de ce moment-là, coïncidant avec la baisse de la clarté et des températures, réconforte les cœurs et les réchauffe ? Ou parce que l’on voudrait croire presque éternels les bons sentiments qui alors nous habitent ?

En tout cas, si sortir Noël de son calendrier n’a pas comme but caché de renforcer encore le poids du commerce et des affaires, mais contribue plutôt à rendre le monde moins mauvais, voire bon et en tout cas meilleur, plus solidaire, et pas simplement généreux pour un jour, vivons Noël le plus longtemps possible !

Joyeux (long) Noël !

Frédéric ANTOINE

Rédacteur en chef

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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