Des livres pour passer l’hiver

Des livres pour passer l’hiver

Des livres pour passer l’hiver…

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Publié le

20 janvier 2026

· Mis à jour le

20 janvier 2026

LA BEAUTÉ DE L’OCÉAN

Biologiste spécialisée en plancton, Maya se partage entre Bruno, plus âgé qu’elle, et Quentin, plus jeune. Ses amours se déroulent sur fond des problèmes de pêche en Bretagne, entre l’industrielle qui ravage les fonds marins et celle des petits pêcheurs qui respectent la nature et les produits de la mer. Elle se trouve confrontée à la disparition surprenante en mer de Quentin qui, défenseur de la nature, avait reçu des menaces de mort de la part des grands industriels. C’est à ce moment qu’elle découvre qu’elle est enceinte, sans doute de lui. Est-il mort ou toujours vivant quelque part ? Les combats écologistes accompagnent ce roman digne d’un polar. (T.M.)

Vincent MESSAGE, la folie de l’océan, Paris, Seuil, 2025. 

LIVE ON MARS

Amber, une trentenaire de Vancouver, gagne sa vie avec son compagnon Kevin en élevant du cannabis dans son minable appartement. Mais elle porte en elle un rêve de grands espaces. Et voilà qu’une télé-réalité propose de sélectionner les deux candidats qui pourront accomplir le premier aller simple vers la planète Mars et y installer une base humaine. L’originalité d’Amber lui attire tant de sympathie lors des épreuves que son rêve finit par se réaliser. Au détriment de son amour pour Kevin et de ses attachements terrestres. Ce roman, qui décortique surtout ce lent détachement (tout en racontant toute l’aventure), confirme que ce que l’on croyait de la fiction pourrait bien devenir une terrible réalité. (F.A.)

Deborah WILLIS, Girlfriend on Mars, Paris, Rivages, 2024.

L’AUTRE TOKYO

On imagine souvent Tokyo comme la vitrine de la réussite japonaise : des foules immenses bruissant partout, des tours gigantesques, de la lumière et de la richesse… Ce roman possède la grande vertu de déconstruire cette image en révélant un autre Tokyo. Celui des quartiers malfamés regorgeant de gaijin houses (pensions) sordides, où atterrissent des étrangers sans le sou, en recherche de déconnexion avec leur vie d’avant. Camille, qui a fui la France au lendemain de son mariage, est l’un d’entre eux. À travers son histoire, on découvre à la fois la vie résiliente des résidents de la pension et un tout autre Tokyo dans lequel il faut s’habituer à se dépêtrer. Camille y survivra. Comme l’avait fait l’auteure, qui a vécu dans une gaijin house pendant un an. (F.A.)

Émilie DESVAUX, Le ciel de Tokyo, Paris, Rivages, 2024.

GRAND-MÈRE PAYSANNE

Franck Bouysse évoque avec tendresse et simplicité la vie de sa grand-mère, paysanne née en 1912 et morte en 2000 après avoir vécu toute sa vie dans une ferme isolée de Corrèze. On découvre concrètement ce qu’ont été pour ces familles d’agriculteurs les horreurs de la guerre 14-18, les hommes tués ou blessés à vie, le veuvage précoce, la vie rude et contrainte, les bouleversements amenés par l’arrivée de l’électricité et la mécanisation, tandis que les traditions millénaires, les mœurs et la place de la religion évoluent imperceptiblement. Une histoire pour partie romancée pour évoquer subtilement l’existence de cette femme bonne et courageuse. (G.H.)

Franck BOUYSSE, Entre toutes, Paris, Albin Michel, 2025.

MACHIAVÉLIQUE

La République de Florence, en cette fin du XVIe siècle, est entourée de nombreux ennemis dont le plus redouté est César Borgia, dit le Valentinois, fils du pape, capitaine général de l’Église et cousin de Louis XII. Afin de tenter de déjouer ses éventuelles velléités de conquête, les Florentins envoient Nicolas Machiavel en ambassade auprès de lui. Se jouent alors des relations très complexes entre eux deux, mélange de respect mutuel, d’ambition commune, mais surtout de mensonges et de cruautés. Passionnant roman au cœur des Républiques italiennes qui ouvre à la compréhension du Prince, œuvre majeure de Machiavel, premier traité de sociologie politique. (M.L.)

Franco BERNINI, Le trône. Paris, Albin Michel, 2025.

CHEZ LES MAURIAC

Si on a lu l’un ou l’autre de ses nombreux romans ou ses Mémoires intérieurs, si on a encore le souvenir de son Bloc-notes dans L’Express ou Le Figaro, on croit connaître François Mauriac, académicien et prix Nobel de Littérature 1952. La publication de près de cinquante ans de correspondance avec son fils Claude – 309 lettres de 1926 à 1970, année de sa mort – ouvre des horizons insoupçonnés et un éclairage très nouveau sur sa personnalité et sa biographie. Ces lettres font pénétrer dans l’intimité familiale des Mauriac et témoignent des liens qui unissent les parents et leurs quatre enfants. (M.L.)

François MAURIAC, « Je te dis toute ma tendresse », Correspondance avec Claude Mauriac, Paris, Albin Michel, 2025.

EN LANGUES AFRICAINES

Bien à sa place dans la collection Lettres du Sud, cet ouvrage aide à pénétrer dans l’univers des langues africaines qui est fortement marqué par l’oralité et est à la croisée des institutions et des milieux de vie. Des écrits mêlés à la terre observe la façon dont les catégories religieuses, administratives, territoriales, morales et politiques sont mises à l’épreuve d’une créativité littéraire. Affleurements propose des études de cas à partir de cinq langues, dont le swahili et le wolof, en parlant d’un embrouillamini de langues vivant en bien des lieux, se nourrissant d’expériences et résonnant dans le monde. (J.Bd.)

Xavier GARNIER, Quels lieux pour les littératures africaines ? Paris, Karthala, 2025.

RÉSISTANTES FOSSOISES

Dans ce livre grand format de 300 pages riche de photos et documents, l’auteur rend hommage aux résistantes de Fosses-la-Ville de la Deuxième Guerre mondiale. Notamment Juliette Bernard, assassinée par les nazis en 1945 au camp de Bergen Belsen. Et aussi Henri Stamps, son mari, résistant communiste élu sénateur provincial en 1946. Il est également question de l’hommage rendu en 2014 par une adepte de la non-violence venue de Californie, fille d’un enfant juif hébergé à Fosses par le réseau formé à Namur par l’abbé Joseph André. (J.Bd.)

Luc BAUFAY, Juliette, Alida, Léonie, Élise et les autres. Les résistantes fossoises 40-45, sur Amazon ou au Centre d’interprétation ReGare, place de la Gare 7, 5070 Fosses-la-Ville.  regare.be/

ART BELGE AU FÉMININ

Des femmes artistes en Belgique depuis 1880 sont recensées et présentées dans ce beau livre. Divisé en cinq chapitres, l’ouvrage raconte la vie et l’œuvre d’une cinquantaine d’entre elles en une page, suivie d’une ou plusieurs pages d’illustrations. On y retrouve des figures comme Anna Boch, Marthe Donas, Mig Quinet, Évelyne Axell, Chantal Akerman, Tapta, Marie-Jo Lafontaine, Berlinde De Bruyckere ou Agnès Varda, mais aussi des découvertes. Une réhabilitation pour ces artistes injustement oubliées et une manière nouvelle de raconter l’histoire de l’art en Belgique sous un prisme féminin. (J.G.)

Christiane struyven, Qui a peur des femmes artistes ? L’art au féminin en Belgique de 1880 à aujourd’hui, Bruxelles, Lannoo, 2025. 

LES LUBIES D’ELTON

Un territoire de 2 millions de km² occupé par 50 000 personnes ? C’est le Groenland, terre devenue fertile suite au réchauffement climatique, qu’Elton Munk veut transformer en « nouvel Eldorado » pour les migrants « en quête d’une vie meilleure ». Il sera coté en bourse et s’appellera Eltonland. Le héros de ce surprenant premier roman d’un auteur belge prétend assurer son intelligence par crainte de devenir « con », entend « sauver l’humanité par le progrès technique » et, bien sûr, aller sur Mars. Tout en se demandant s’il a raison et si le bonheur est vraiment tributaire de la science. Une réflexion profonde et pertinente sur les tragiques dérives actuelles. (M.P.)

Ralph VANDÔME, Dans la tête d’Elton Munk, Bruxelles, M.E.O., 2025.

UNE GLOIRE AVEUGLANTE

C’est pour mettre les pas dans ceux de son père qui, pourtant, après l’avoir couverte de livres enfant, a pourri son adolescence, qu’à sa grande fureur la narratrice veut devenir journaliste. Adulte, elle apprend que tout, chez cet homme aux « colères impromptues » marié à une femme bien plus jeune, n’est qu’imposture : le Congo où serait morte sa première épouse, ses talents de musicien, son aide aux Juifs pendant la guerre, alors qu’il était du côté nazi, et même ses ascendances remontant à un gouverneur du Congo. Après Outre-mère, qui interrogeait déjà le rapport à la vérité, l’autrice belge signe un roman troublant impeccablement mené et construit. (M.P.)

Dominique COSTERMANS, Un conteur hors père, Bastogne, Weyrich, 2025.

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