Faut-il renoncer aux voyages ?

Faut-il renoncer aux voyages ?

À l’origine, le touriste n’existe pas. Le voyageur est un aventurier écouté et honoré, un privilégié qui a tant de choses à montrer et à raconter. Mais, peu à peu, le voyage s’est démocratisé. À tel point qu’aujourd’hui, certains lieux sont mis en péril par le surtourisme, provoquant le rejet et la colère de leurs habitants. Et, à l’heure de l’urgence climatique, les déplacements par les airs sont remis en question.

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Publié le

24 mars 2025

· Mis à jour le

25 mars 2025
Une femme tenant une mappemonde dans la main

Si, de tout temps, les humains se sont déplacés, c’était le plus souvent par nécessité. Ils quittaient leur pays d’origine – et c’est encore le cas aujourd’hui – pour des raisons climatiques, de crises, de persécutions, de guerres, afin de tenter d’échapper à la pauvreté ou à la famine, toujours dans l’espoir de trouver une vie meilleure sous d’autres ciels. Il était loin d’aller de soi de voyager pour le simple plaisir de se rendre ailleurs, de changer d’air, de bouger ou, encore moins, de se divertir. Voyager pour voyager était peu envisageable et restait de toute façon exceptionnel. Il faut attendre 1936 et la loi sur les congés payés pour que se produise une véritable révolution culturelle. Arthur Haulot, rescapé de Mauthausen et de Dachau et initiateur du tourisme social en Belgique – où il deviendra le premier commissaire général chargé de ce domaine – proclamait en 1937 :« Partez, camarades. Quittez tout pour huit jours. Empoignez vos vélos ou sautez dans le train, dans le car ou partez à pied, mais partez ! »

UN TOURISME POUR TOUS

Dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l’amélioration des conditions de vie, l’apparition des voitures de petite cylindrée et, partant, le souhait du plus grand nombre de profiter des congés payés, il devenait impératif de favoriser un tourisme pour tous. Pour réaliser cet objectif, les organisations syndicales, les différentes coopératives et les mutuelles ne vont pas épargner leurs efforts : définition de politiques sociales du tourisme, création d’infrastructures diverses, développement de systèmes d’aides aux personnes moins favorisées, sensibilisation et formation de personnel… Autant de projets de masse en vue de “faire société”. 

« Il est indispensable que les opérateurs du tourisme social aient la volonté de contribuer à développer les relations humaines »

Le tourisme ne peut plus être alors l’apanage d’une caste de privilégiés. De nouveaux opérateurs en ouvrent l’accès au plus grand nombre : les familles, les jeunes, les seniors, les handicapés et bien d’autres encore. Le tourisme social est né ! Ce secteur devient bientôt une industrie générant plus de 15% du produit intérieur brut du pays. En 1996, la Déclaration de Montréal Pour une vision humaniste et sociale du tourisme pose les premières balises et les éléments de base d’une définition du tourisme pour tous, devenant, en quelque sorte, la charte de son évolution future. Dès lors, même si l’on considère que toutes les destinations ne sont pas celles d’un “tourisme moyen”, la démarche visionnaire d’Arthur Haulot de promouvoir le tourisme pour tous en luttant contre l’élitisme touristique des classes dominantes, n’anticipait-elle pas un risque de surtourisme que l’on constate aujourd’hui en bien des points du globe ?

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