François Cassingena-Trévedy : lueurs dans la nuit
François Cassingena-Trévedy : lueurs dans la nuit
Moine de l’abbaye de Ligugé (Vienne, France), François Cassingena–Trévedy s’est retiré dans un village du Cantal. Propos d’altitude recueille ses pensées au fil des jours, nourries des Écritures et de son regard aiguisé sur le mystère de la vie.
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François Cassingena-Trévedy est un homme hors du commun. Brillant intellectuel, agrégé de l’École Normale Supérieure, il connait de nombreuses langues et a déjà derrière lui quarante ans de vie monastique. Dans le monastère de Ligugé, il dirigeait le chœur lors de la liturgie, travaillait en émailleur de cuivre et écrivait le soir. Tout en passant quelques jours par an sur un bateau de pêcheurs pour partager concrètement la vie de ces hommes. Il y a près de trois ans, il a obtenu l’autorisation du père abbé de son monastère de vivre à l’écart, dans le Cantal, loin de toute animation urbaine et proche d’un environnement particulièrement austère. Il est présent dans l’église du village, commente l’Évangile, donne un coup de main aux paysans et éleveurs de bétail du coin.
FUITE ASSUMÉE
Il explique cette nouvelle vie « d’ermite social », selon ses mots, par un besoin intime de distance, de fuite même, un mot qu’il assume. N’y sont pas étrangers les bouleversements de l’Église, l’effondrement de la place de celle-ci dans la société et le constat que les espérances suscitées par le concile Vatican II n’ont pas été tenues. Plus fondamentalement, il éprouve un effacement en lui d’un discours institutionnel bavard sur Dieu, tout en restant un être intensément en quête spirituelle. Il est également un écrivain. Il a notamment publié cinq recueils de réflexions au jour le jour, couvrant ces vingt dernières années, qu’il a intitulées Étincelles.
Pendant longtemps, seul un petit lectorat averti goutait au plaisir de ses aphorismes. En 2013, dans Effacement de Dieu, la voie des moines-poètes, Gabriel Ringlet a été l’un des premiers à le faire connaître, ainsi que d’autres moines, à un public plus large. Ses pensées sont écrites à chaque fois à la tombée de la nuit, à la lueur d’une chandelle. Il y exprime une recherche exigeante laissant place au doute, ouverte au mystère de l’existence. Cette réflexion est aussi nourrie d’une intense vie de méditation des Écritures et de l’Évangile, d’une fidélité à la liturgie, à la célébration quotidienne, d’une observation de la nature et de la vie des hommes.
LIVRE DE CHEVET
Son dernier recueil, Propos d’altitude, couvre la période allant de 2016 à 2020 et regroupe approximativement près d’un millier de réflexions. Celles-ci sont d’inégale longueur, mais le plus souvent ramassées en quelques lignes où chaque mot est choisi avec un soin extrême. Cet ouvrage convient parfaitement comme livre de chevet spirituel, il n’est pas à lire en continu, mais à petite dose. Les propos de François Cassingena-Trévedy sont souvent très denses et demandent parfois une relecture attentive pour en saisir la quintessence.
En voici un qui justifie le titre du recueil : « C’est vivre en altitude que vivre dans l’interrogation. »Unconstat sur les relations humaines : « Le froid le plus sensible est l’absence de merci. »Sur la question de Dieu: « Chacun a le dieu de son espace. Chacun a un dieu proportionné à son espace intérieur. À grand espace, dieu immense, à petit espace, dieu étroit. »Cet encouragement : « Comme il est beau, comme il est grand d’être désemparé. Accepte d’être désemparé et tu te retrouveras enfin petit prince d’un royaume. » Ou cette réflexion-ci : « Je crois au regard de Jésus, je croise le regard de Jésus-Christ. Tel est le premier article de mon Symbole et désormais probablement le seul. » Et encore : « Prendre le chemin de la vieillesse, c’est accepter de perdre toutes feuilles pour qu’il ne reste plus que les ramures, de perdre tous ses ornements pour qu’il ne reste plus que le sourire. »
Gérald HAYOIS
Frère François CASSINGENA-TRÉVEDY, Propos d’altitude, Paris, Albin-Michel. 2022.
