Guillaume et les enfants à table : Guillaume, ma chérie!

Guillaume et les enfants à table : Guillaume, ma chérie!

La pièce de Guillaume Gallienne, Les garçons et Guillaume à table !, est de retour au théâtre avec un Jean-François Breuer irrésistiblement drôle et bouleversant de sincérité. Tournée en Wallonie.

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Publié le

1 octobre 2023

· Mis à jour le

7 janvier 2026
Photo d'un enfant portant des boucles d'oreilles, un chapeau et une écharpe rose

Du plus loin qu’il s’en souvienne, Guillaume a toujours cru qu’il était une fille. C’est pour répondre au désir de sa mère qu’il a cultivé la part féminine de sa personnalité. Il ne voulait que lui plaire, se distinguer de ses frères et attirer ainsi tout son amour. Leur relation est tellement fusionnelle qu’il l’imite à la perfection, et en l’incarnant sur scène, il dresse d’elle un portrait monstrueux et tendre à la fois. Il interprète avec un amour fou, et un fol humour, cette femme qu’il adore, mais qui n’arrive jamais à le prendre dans ses bras. Et quand son père aimerait le voir plus viril, faire du sport, le garçon préfère, de loin, rejouer Sissi dans sa chambre.

Guillaume Gallienne a raconté son histoire avec une autodérision délicieuse et parfois cruelle dans Guillaume et les garçons, à table !, une comédie désopilante, devenue ensuite un film très réussi. Le comédien Jean-François Breuer reprend aujourd’hui ce texte qui semble écrit pour lui, tellement il se reconnaît dans ce jeune adolescent qui cherche son identité dans les entrelacs du masculin et du féminin. 

CONFUSION DES GENRES

La pièce brise tous les codes et, plus que jamais, le texte résonne avec l’actualité. Aujourd’hui, constate Jean-François Breuer, des hommes peuvent se promener en jupes, mettre du vernis à ongles ou du rouge à lèvres, sans avoir l’impression de se travestir. Ils sont hétérosexuels et s’habillent comme ils en ont envie. Mais ils sont encore trop rares. Chacun a le droit d’être qui il est, quelle que soit sa sexualité, quelle que soit sa part de féminité. Les codes de genre, qui ont structuré la société depuis des siècles, sont en train de se dissoudre.

Guillaume est un jeune garçon fasciné par les femmes et par sa mère. Aussi quand on le traite de « pédé », il ne comprend pas pourquoi on l’insulte, puisqu’il s’est mis en tête qu’il était une fille. Ce n’est que lorsqu’il essaiera de faire l’amour pour la première fois avec un garçon, qu’il découvrira que son désir ne correspond pas à l’homosexuel qu’on voulait faire de lui. 

Son parcours est donc celui d’un coming out inversé, mais cela en reste un, avec toutes les difficultés que l’on peut rencontrer. Dans les deux cas, il s’agit d’affirmer haut et fort qui on est, en allant à l’encontre des normes établies par l’entourage ou la société. Guillaume tente de se conformer à ce qu’on attend de lui, jusqu’au moment où il découvre qui il est réellement : un homme, à la part féminine très développée, mais résolument hétérosexuel.

UNE COMÉDIE ARC-EN-CIEL

Pour recréer le rôle de Guillaume Gallienne, Jean-François Breuer s’est entouré de toute une équipe. Avec Patrice Minck à la mise en scène, il a trouvé une âme sœur qui a compris combien sa féminité pouvait être une force d’humour et d’émotion. Avec Anne Guilleray à la scénographie et aux costumes et Philippe Catalano aux lumières, ils ont recréé l’intérieur d’un appartement où Guillaume n’est que de passage, et où le décor s’épure petit à petit pour laisser entrer davantage de lumière, celle qui révèlera qui il est véritablement. La chorégraphe Laura Cabello Perez a initié le comédien à la sévillane, une danse espagnole qui peut faire penser au flamenco. La scène d’ouverture montre donc un jeune garçon dansant comme une fille, sur un air entonné par un homme qui chante comme une femme. Le ton est donné, celui de la confusion des genres.

Sur la photo de l’affiche du spectacle, on découvre Jean-François Breuer lorsqu’il était enfant et qu’il jouait avec son frère et ses cousins. Un chapeau, un foulard, une paire de boucles d’oreilles, et le voilà qui défile fièrement au bras de son frère. Tout le monde riait de les voir. « Je crois que ma famille va être très surprise de redécouvrir cette photo, sourit-il. Évidemment, elle raconte tout l’inverse de qu’a vécu Guillaume. Moi, je n’ai jamais eu l’impression d’être une fille. J’étais juste content de mettre des bouts de tissus et de m’habiller autrement pour ressembler à mes sœurs. » 

Comme Guillaume Gallienne, le comédien belge a aussi très souvent exploité son côté féminin dans ses rôles précédents. Dans Frédéric, par exemple, il incarnait avec talent le rôle d’un fan et sosie de Freddie Mercury. « C’est très jouissif de pouvoir jouer ce genre de choses ! » Et cela plait au public. « J’ai joué effectivement beaucoup d’homosexuels. J’ai exploité mon côté féminin, aérien, arc-en-ciel, pourrait-on dire. » 

L’ART COMME RÉVÉLATEUR

Aujourd’hui, quand on le voit sur scène, on a l’impression qu’il interprète sa propre histoire, avec une remarquable intensité. Et si c’est par le théâtre que le sociétaire de la Comédie française a pu affirmer qui il était vraiment, pour Jean-François Breuer, c’est la musique qui a rendu possible cette révélation. « Quand on joue un morceau de musique devant un public, on est nu, soi-même tout entier. Le théâtre est venu après. Je savais déjà qui j’étais au fond de moi, et le théâtre m’a permis ensuite de passer de l’autre côté, de dire : voilà, je suis comme ça. Mais c’est la musique qui m’a d’abord aiguillé et m’a permis de m’évader. » Voilà pourquoi le comédien retourne de temps en temps vers des projets musicaux.

Aujourd’hui, c’est le personnage de Guillaume qui le retient. Son histoire n’est-elle pas finalement celle de tous ? On essaie de plaire aux autres pour se faire aimer, parfois en muselant sa propre personnalité. La relation que le fils entretient avec sa mère est à la fois malsaine et touchante, jusqu’à ce qu’il ose être lui-même, quoi qu’il en coûte. C’est sans doute le message universel que livre cette pièce. Et parce que l’écriture est fine et juste, parce que les personnages sont caricaturés avec une infinie tendresse, mais sans concession, parce que le comédien est d’une sincérité absolue, on passe un excellent moment. À voir en famille, ou à montrer à ceux à qui on s’est efforcé de plaire toute sa vie.

Jean BAUWIN

Les garçons et Guillaume à table ! de Guillaume Gallienne, en tournée en octobre à Sambreville, Dison, Hannut, Wanze, Liège, Athus et Namur. En novembre à Ittre et à Ciney. Dates et renseignements : livediffusion.com/

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