La revanche de l’islam
La revanche de l’islam
Un récent document du Vatican jette quelques lumières sur l’origine des tensions entre l’islam et les pays où il pénètre.
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Deux organismes du Vatican, le Dicastère pour la Culture et l’Éducation et celui pour la Promotion du Développement Intégral, publiaient le 30 mars dernier une déclaration conjointe dans laquelle ils abrogeaient trois bulles pontificales du XVe siècle, Dum Diversas (1452), Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493). Ces documents, qui reflétaient la doctrine de “la découverte” de terres nouvelles, avaient surtout pour but de neutraliser les pouvoirs musulmans qui terrorisaient alors la chrétienté. La bulle de 1452, par exemple, fut publiée durant le siège de Constantinople avant la chute de la ville en 1453, qui marqua la fin de l’Empire romain d’Orient. Les deux autres bulles pontificales correspondaient à l’époque où les musulmans du Nord de l’Afrique terrorisaient l’Espagne et le reste des pays méditerranéens, semant la mort sur leur passage et faisant de nombreux esclaves.
LA DOCTRINE DE LA DÉCOUVERTE
La même doctrine “de la découverte”, donnant tous les droits aux pouvoirs colonisateurs, a aussi servi aux régimes espagnol, portugais, français et anglais, pour asservir et, en beaucoup de cas, supprimer, de nombreux groupes ethniques d’Afrique ainsi que d’Amérique du Nord et du Sud. Lors de son récent voyage au Canada, le page François a demandé pardon aux peuples aborigènes pour les manques de respect de leur dignité et de leurs caractéristiques ethniques et culturelles.
Les dicastères romains qui abrogent ces trois bulles papales les considèrent offensives pour les peuples indigènes et affirment que ces documents n’exprimaient pas la foi catholique. La Romanus Pontifex de 1455 autorisait le roi Alphonse V du Portugal (1432-1481) à envahir le Nord de l’Afrique, à « conquérir, écraser et soumettre tous les Sarrasins, les païens et les autres ennemis du Christ » et à « réduire perpétuellement en esclavage leurs populations, s’appropriant leurs possessions ».
Il faut évidemment resituer ces événements dans un contexte historique plus large. Des historiens de la civilisation occidentale, comme Edward Gibbon, considèrent que la bataille de Tours ou de Poitiers (en l’an 732) – où l’énorme armée musulmane, qui avait terrorisé tant de peuples sur son passage, fut arrêtée au centre de la France – fut un tournant dans l’histoire de l’Occident. Selon lui, si les musulmans n’avaient pas été défaits à ce moment, « le Coran serait aujourd’hui enseigné dans les écoles d’Oxford et les Anglais seraient musulmans ».
LA REVANCHE
Il semble que l’Islam cherche à prendre sa revanche. Le Magdalen College d’Oxford a décidé, dès l’apparition de l’actuelle pandémie, de ne plus célébrer le banquet annuel de la Saint-Georges, patron de l’Angleterre, désormais considéré comme trop “belliqueux” et offensif pour les musulmans. En même temps, une circulaire adressée à tous les étudiants et professeurs les informait que, à la demande des étudiants musulmans, le College célèbrerait un banquet à l’occasion de l’Eid al-Fitr, la fête qui marque la fin du ramadan. Un courrier électronique de Nick Stargardt, vice-président de l’université, précisait que le repas se conformerait aux coutumes musulmanes, que les cuisiniers prépareraient un plat de viande halal et qu’on ne servirait pas d’alcool. La fête de la Saint-Georges, qui avait été supprimée « temporairement » à cause de la pandémie en 2020, ne fut pas rétablie. Serait-ce une façon subtile pour l’islam, vaincu à Poitier, de chercher à prendre sa revanche ?
Armand VEILLEUX, Moine de l’abbaye de Scourmont (Chimay)


