La tournée zéro carbone d’Antoine Armedan
La tournée zéro carbone d’Antoine Armedan
Antoine Armedan est un artiste qui veut vivre pleinement ce qu’il chante. Sa démarche le mène simplement et naturellement auprès de son public à l’occasion d’une tournée où souhaite « mettre un peu de légèreté dans les galères », tout en s’engageant pour le climat.
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« On ne pourra plus faire comme avant, écrit Antoine Armedan dans une de ses nouvelles chansons. Parce qu’au cœur de la lenteur/On a récolté des fragments/Qui ressemblent à ceux du bonheur. » La pause obligée du covid a été, pour lui, l’occasion de se poser des questions essentielles sur sa vie, sa manière d’être au monde et la voie qu’il s’est choisie. « Cette chanson, Ensemble c’est tout, je l’ai écrite au début du confinement, se souvient-il. J’étais dans mon jardin à observer le ciel bleu et à écouter le chant des oiseaux. J’entendais aussi mes enfants jouer sur la pelouse. Je me suis rendu compte qu’il y avait longtemps que je n’avais plus vécu un moment comme ça. Cette lenteur avec laquelle on était forcé de vivre était devenue une part de bonheur. Il fallait que ça reste ancré quelque part en moi, ne plus du tout faire comme avant dans cette urgence avec laquelle nous vivions tous. Avec cette lenteur retrouvée, il y avait quelque chose de magique. »
LE DÉCLIC COLD PLAY
Antoine Armedan se met à écrire et à enregistrer de nouvelles chansons, qu’il veut défendre sur scène. Mais pas n’importe comment : en tenant compte des leçons du confinement, et donc en prenant le temps de la rencontre. Et aussi en ressentant la nécessité de se soucier de l’environnement, de l’emballement du climat et de l’avenir de la planète. « L’idée d’une telle démarche m’est venue à la fin de l’été durant lequel j’ai joué dans de nombreux festivals où il faisait souvent près de 35°, commente-t-il. Les gens restaient à l’ombre. Ils ne pouvaient plus supporter la chaleur. Du coup, ils ne s’approchaient pas de la scène préférant se protéger de l’ardeur du soleil. Ce changement climatique ambiant m’a fait réfléchir. Puis il y a eu la crise énergétique avec des prix insensés. Tout ça a fait du chemin dans ma tête. »
« Mais c’est en allant écouter Cold Play au stade Roi Baudouin que le déclic s’est fait. Malgré l’abondance de matériel, ce groupe avait à cœur de s’engager à réduire son empreinte carbone de diverses manières innovantes. Le fait de voir un groupe de cette importance s’interroger sur sa façon de réaliser ses concerts remet en question tout ce qu’on a toujours fait. C’est ce qui m’a poussé à me dire : “Tiens, si je faisais de même. Si je pensais à faire un concert où je me rendrais à vélo et en utilisant les transports en commun ?” J’ai vraiment adoré cette idée, et c’est ainsi que j’ai imaginé une tournée “Zéro Carbone” où je pourrais défendre les chansons de mon dernier album. »
UN VÉLO SUR SCÈNE
Ce soir-là, à l’invitation de l’association “Créateurs de moments”, cette tournée s’arrête dans l’église de Sombreffe. Le chanteur est venu en train dans l’après-midi, descente en gare de Ligny d’où il s’est rendu à vélo jusqu’au lieu du concert. Les habitants du village l’ont vu passer sac à l’avant de la bécane, fontes à l’arrière et guitare sur le dos. Tout est maintenant prêt. Les premiers spectateurs commencent à arriver. Des bougies en guise d’éclairage. Une atmosphère douce et chaleureuse. Sur scène, une guitare et, bien sûr, le vélo pliable. « À chaque endroit où j’arrive, sourit son propriétaire, les organisateurs se posent la question de savoir où on va le mettre. Je leur réponds qu’il est avec moi sur scène, qu’il fait partie du spectacle. Cela a vraiment du sens qu’il soit là parce qu’il est au cœur de la démarche. Je l’utilise de l’une ou l’autre manière au cours du concert. »
Ce n’est donc pas tout à fait un seul-en-scène. D’autant plus que le public est un véritable acteur de ce moment partagé. « Au niveau scénique, j’ai été très fort marqué par Jean-Jacques Goldman. Il y avait dans chacun de ses spectacles une dynamique de partage et une volonté d’impliquer les gens dans le concert avec des participations, des surprises. Depuis que je joue en solo sur scène, et particulièrement pour cette tournée, je me dis que les spectateurs sont des instruments avec lesquels j’ai aussi envie de jouer. Certains concerts se prêtent à être surtout écoutés. Moi, j’aime bien alterner entre des chansons plus calmes avec une certaine introspection et une participation active du public qui véritablement m’accompagne. » À lui de reprendre une phrase ou un refrain, de faire les chœurs, de donner la pulsation à l’un ou l’autre morceau.
Et ce même public est chaleureusement remercié par le chanteur dans Vos oreilles sont précieuses, une chanson régulièrement bissée. « C’est vrai que j’ai décidé un jour d’être artiste et d’explorer cette manière particulière d’être au monde. Mes créations par contre ont pour vocation d’être entendues. Et s’il n’y a pas d’oreilles pour les écouter, ma démarche n’a aucun sens. J’aime jouer cette chanson comme dernier rappel. Elle est vraiment écrite juste pour le public. J’y dis que, si la salle est vide, le son se dilue dans l’air, mais quel est son sens ? C’est le public qui en donne un à ma démarche. »
PAS DE PLAN B
Car, pour Antoine Armedan, être artiste, ce n’est pas un plan B, c’est « juste une nécessité ». « Je me sens créateur, avoue-t-il J’aime observer le monde et me laisser interpeler par une phrase, une image, une rencontre, une discussion. Cela provoque chez moi une émotion qui fait naître une chanson. On est tous un petit peu artistes, mais moi, j’aime que ça aboutisse à quelque chose de concret comme une chanson. » C’est ainsi que la vision d’un SDF a débouché sur Les draps de carton, une conversation qui le pousse à écrire sur « ces humains qui élèvent l’humanité tout entière ». Certains lieux lui inspirent des textes « cartes postales ». « J’adore le format de la chanson qui n’est ni trop long ni trop court et qui se trouve être une mini histoire qui va tout à coup transporter l’auditeur ailleurs. Et la puissance de la musique offre la possibilité de véhiculer des émotions. »
Et si, dans une de ses compositions, il se pose la question de « Qu’est-ce qu’on va devenir », Antoine Armedan cite Julos Beaucarne qui, quand on lui demandait ce qu’il devient, répondait : « Je deviens qui je suis. » C’est aussi son objectif de vie.
Christian MERVEILLE
Tournée zéro carbone : 02/09 à La Glacière (Spa), 08/09 aux Sabots d’Hélène (Thieusies), 22/09 à L’Allumette (Forest). antoinearmedan.com/
