Rivespérance célèbre les rites

Rivespérance célèbre les rites

Après le dialogue interconvictionnel, l’écologie ou l’engagement, “Fêtes et rites. Célébrer rassemble !” est le thème de la septième édition du forum citoyen qui se tiendra à Liège à la mi-février. Avec notamment comme invités Gabriel Ringlet, Éric-Emmanuel Schmitt et Françoise Lempereur.

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19 janvier 2026

· Mis à jour le

19 janvier 2026
Illustration avec une horloge et des dessins d'enfants qui jouent
CÉLÉBRATIONS. Une manière de révéler ce que sont les chrétiens afin de retrouver la richesse d’être ensemble.

Après le dialogue interconvictionnel, l’écologie ou l’engagement, “Fêtes et rites. Célébrer rassemble !” est le thème de la septième édition du forum citoyen qui se tiendra à Liège à la mi-février. Avec notamment comme invités Gabriel Ringlet, Éric-Emmanuel Schmitt et Françoise Lempereur.

Les rites sont-ils (re)devenus à la mode ? On constate en tous cas, dans les actuelles sociétés sécularisées, déshumanisées et doutant d’elles-mêmes, un réel besoin d’y revenir pour pouvoir se raccrocher, dans son quotidien, à quelque chose porteur de sens. C’est ce que révèle par exemple l’écho, tant public que journalistique (en Belgique comme en France), rencontré par le dernier essai de Gabriel Ringlet (chroniqueur à L’appel), Des rites pour la vie. « Le rite n’est pas directement lié à la croyance religieuse, estime le prêtre-écrivain. Dans son existence, nous avons vraiment besoin de ce rendez-vous rituel, quelle que soit notre spiritualité, afin d’être capable de la traverser et de lui donner une intensité. » 

CÉLÉBRER AUSSI

Une conviction confirmée par l’incroyable succès de l’École des Rites et de la Célébration qu’il a ouverte en 2018 au Prieuré de Malèves-Sainte-Marie, dans le Brabant wallon. « Face à la diminution quantitative du nombre de célébrants dans l’Église, l’intuition de départ était que le rite est tellement important qu’il en faut de nouveaux pour prendre le relais. Mais on ne s’attendait pas à voir arriver assez rapidement quelques centaines de personnes. Beaucoup se sentent concernés non seulement par le fait de vivre un rite pour eux-mêmes, mais aussi par la possibilité de devenir célébrantes ou célébrants à leur tour. Il y a quelque chose de très beau de voir qu’un certain nombre de nos contemporains trouvent que construire des rites ou une célébration est un beau job. »

Gabriel Ringlet est invité à cette nouvelle édition de RivEspérance dont le thème est “Fêtes et rites. Célébrer ensemble !” et durant laquelle il dédicacera son livre. « L’homme a besoin de rites et notre société de communion, de rencontres », assure le jésuite Charles Delhez, l’un des initiateurs de ce forum citoyen qui, fondé par des chrétiens, s’adresse à tous, croyants ou non. Peut-être, dans ce que j’appelle le micro-social, l’espace de la famille, du privé, on a un peu perdu le sens du rite, lié à la fois aux gestes et à la parole. Une des forces de l’être humain est d’ajouter aux rites, également présents chez les animaux, une prise de parole. Il faut les réenchanter, à un moment où ceux de l’Église ne passent plus trop, alors que ceux qui rythment nos vies – comme les chants d’anniversaire – perdurent. Dans notre société qualifiée d’individualiste, il est important de pouvoir se parler, donner sens. »

UN LANGAGE D’AUJOURD’HUI

De cette nécessité de réenchanter les rites, face à ce qu’il nomme le « ritualisme », « la répétition du rite sans âme », Gabriel Ringlet est convaincu. « Prononcer des mots, des phrases dont on ne comprend même pas le sens tue le rite. Il faut le rendre vivant, l’exprimer dans un langage d’aujourd’hui, un langage que nos contemporains comprennent vraiment. Il faut poser des gestes qui touchent, qui sont parlants, qui réjouissent, enchantent, encouragent, y compris dans les circonstances les plus tragiques. Dans mon livre, je raconte avoir accompagné deux petits garçons qui avaient perdu leur maman. Je les prends par la main, je vais allumer leur petite bougie au cierge pascal et je leur demande de déposer ces deux petites lumières sur le cercueil de leur maman. C’est une démarche rituelle. Je pars d’éléments tout à fait traditionnels, prendre de la lumière au cierge pascal, mais la manière de réhabiter ce rite de toujours dans une circonstance aussi dure et particulière. C’est cela, le réenchanter. Partir de la tradition en lui donnant une véritable vie d’aujourd’hui. » 

Mais, finalement, qu’est-ce qu’un rite ? « Il est lié à notre chemin de passage dans l’existence, de la naissance à la mort, observe Gabriel Ringlet. Nous avons absolument besoin de ressaisir ce qui nous arrive pour, avec de “l’ici” de notre vie quotidienne, dans ses joies comme dans ses peines, tenter de faire de “l’au-delà”. Un rite, c’est très concret. Il aide véritablement à franchir une étape, à traverser les grands et, parfois, les petits moments de l’existence. Notre vie en est parsemée et ils peuvent être de nature très variée. Comme des supporters de foot qui, allant soutenir leur équipe préférée, vont rejoindre d’autres supporters, boire un verre avant le match pour parler des enjeux. S’ils n’ont pas le sentiment de célébrer quelque chose, leur démarche est néanmoins totalement rituelle. Quand ils se trouvent en tribune et qu’ils sont au bord du terrain, ils peuvent soudain être amenés à vivre une véritable célébration. »

CIRCONSTANCES DIVERSES

Il apparaît dès lors que le rite fait du bien. « Oui, abonde le prêtre, non seulement pour ceux qui vont vivre des événements joyeux, mais aussi dans des circonstances très difficiles. Je l’ai vécu très régulièrement, hélas, à l’occasion du suicide de jeunes. C’est incroyable comment, presque à chaque fois, en accompagnant la famille, en construisant avec elle une démarche rituelle, en lui expliquant la façon dont nous allons accueillir ce jeune défunt, cette jeune défunte, comment, elle me l’a dit, me l’a écrit, cette démarche rituelle l’avait encouragée, lui avait fait du bien, l’avait aidée à traverser tant bien que mal ce moment tellement dramatique. Je ne dis pas que le rite fait des miracles, qu’il va tout guérir, mais, en tout cas, il peut remettre en route et peut parfois, dans les meilleures des circonstances, aider à reprendre souffle. Il m’arrive aussi assez régulièrement de me retrouver, en clinique, devant une personne toute seule. Et vivre avec elle, pendant quelques minutes, un moment très court, qui ne comporte que quelques mots, très peu de gestes, simplement parfois lui tenir la main. Allumer une bougie est un véritable rite. »

Cette nouvelle édition de RivEspérance est introduite, le vendredi soir, par l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt. « J’apprécie beaucoup ce mouvement qui consiste à être d’une maison et d’aller vers les autres, avance-t-il. Je suis moi-même dans cette démarche, j’essaye de vivre ainsi. Je suis d’une maison, la maison chrétienne, mais quand j’écris, j’entends m’adresser à l’athée tout autant qu’au chrétien. J’intègre d’ailleurs l’athéisme dans mes livres, comme Le Visiteur ou L’Évangile selon Pilate. Je peux aussi écrire des textes, comme Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, où j’aborde le Coran sous l’aspect du soufisme. Et puis le judaïsme, les philosophies orientales dans d’autres. J’ai toujours cette volonté de considérer avec bienveillance et respect ce qui fait vivre le cœur des hommes, le sens invisible qui prête au monde visible. » 

RÉVÉLATION À JÉRUSALEM

Et quel est son rapport aux rites ? S’il avoue être « l’esclave » La traversée des temps, son grand œuvre qui retrace l’histoire de l’humanité en huit tomes, il affirme que, plaçant sa liberté au-dessus de tout, il témoigne d’une « grande méfiance » à l’égard des habitudes et rites qu’il tend à casser. Mais, sur la question des rites religieux, il confesse avoir évolué lors de son voyage à Jérusalem, il y a trois ans. « J’ai longtemps eu une foi absolument personnelle fondée sur la lecture et la relecture des Évangiles, et je ne sentais aucun besoin de participer à plein de rites. Je dirais même de partager ma croyance. Mais, à Jérusalem, je me suis retrouvé avec des pèlerins français de la Réunion, très fervents, alors que je ne suis pas du tout pratiquant. Par politesse, par respect, par volonté de vivre l’expérience du pèlerinage, je me suis glissé dans les rites de la messe le matin et des vêpres le soir, et j’ai commencé à en éprouver le bienfait. Maintenant, partager ma foi de façon fraternelle, me sentir frère de l’autre, est une chose qui me plaît. J’ai gagné beaucoup d’humilité. Et l’Eucharistie, l’expérience de recevoir cette hostie qui descend dans mon ventre mais qui monte dans mon esprit, je la ressens fortement. »

Dans l’intitulé de cette septième édition, qui n’oublie pas les jeunes en leur programmant des activités spécifiques, figure aussi le terme “fêtes”. C’est pourquoi l’ex-journaliste Françoise Lempereur, chargé de cours sur le patrimoine culturel immatériel wallon à l’ULiège, interviendra le samedi matin. Elle insiste notamment sur l’importance, dans les fêtes et traditions populaires, de la dimension affective. « Elles sont transmises de génération en génération, portées par grand un amour des gens, déclarait-elle au micro de RCF. On est toujours dans le vivre-ensemble. Il ne faut pourtant pas croire que ces traditions ont été créées d’un bloc, par exemple le carnaval de Binche, elles ont évolué avec le temps. » Afin de conserver leur identité, la chercheuse, qui insiste sur les savoir-faire comme élément très important du patrimoine vivant wallon, défend le « métissage ». « Il ne faut pas garder à tout prix des traditions si elles ne sont plus en accord avec notre société. Celle-ci étant multiculturelle, faisons en sorte que notre patrimoine vivant le soit aussi, soit ouvert à d’autres, tout en conservant un attachement à ce que faisaient nos parents et grands-parents. »

RivEspérance, 13 et 14/02, Palais des Congrès de Liège.  rivesperance.be/

À lire : Et si on célébrait ? En Question, Centre Avec, Hiver 2025. 

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